
Ce mois-ci , j’ai voulu m’intéresser aux femmes vigneronnes , bien qu’encore minoritaires elles sont de plus en plus nombreuses. Dans la sélection Vins d’Avenir, presque toutes les exploitations comptent des femmes à des postes clefs, rarement seules, souvent épaulées de leurs conjoints, de leurs père , de leurs fils ou de leurs frère.
Vous découvrirez plus bas leurs réponses à quatre questions simples autour de leurs statuts de femmes vigneronnes . J’ai choisi de questionner trois femmes qui sont aussi des mères et plus spécifiquement des mères de filles. Véronique Barthe, propriétaire du Château d’Arcole en Grand cru saint Emilion, Charlotte de Bearn au Château de Jonquières en Terrasse du Larzac et Audrey Rouanet de la Nouvelle Maison en Minervois. Leurs réponses sont touchantes et pudiques, toutes vivent leurs féminités comme une force. Étonnamment, elles peinent toutes à se définir féministes, alors qu’à mes yeux il n’y a pas plus féministe qu’une femme qui exerce un métier d’hommes et qui fait fi des préjugés.
Est-ce que tu te considères féministe ?
Charlotte de Béarn : Non je ne peux pas dire que je me considère féministe, les femmes sont essentielles dans le vin mais je ne pourrai pas exercer mon métier si j’étais seule.
Véronique Barthes : Pas du Tout ! Enfin, je veux dire par là que cela n’a jamais été un combat pour moi d’être un femme vigneronne.
Audrey Rouanet:Je ne sais pas si je peux dire que je suis féministe, mais il y a certaines situations qui me font bondir. Il y a quelques semaines avec deux amis vignerons, sur un salon, nous étions en train de goûter un vin, le vigneron a demandé aux deux autres qu’est ce qu’ils faisaient et où est ce qu’ils étaient vignerons mais pas à moi. Comme si inconsciemment, pour lui, une femme seule ne pouvait pas être vigneronne. Il n’y avait rien de méchant mais c’est du sexisme ordinaire et j’y fais plus attention. Les remarques vraiment sexistes sont plus rares, comme récemment un client qui m’a proposé de me payer en nature…(Certains osent tout..)
Dirais tu qu’être une femme est plus un inconvénient ou une force dans ton métier ?
Charlotte de Béarn : Une force ! Les hommes et les femmes sont extrêmement complémentaires dans le vin. Je suis consciente que certains métiers dans le vin sont exposés au sexisme, à la production, en tant que femme cela n’a jamais été mon cas.
Véronique Barthe : C’est plutôt une force car on est encore peu nombreuses. C’est plus facile de sortir du lot.
Audrey Rouanet : Malgré tout, cela reste une force car c’est singularisant et je vois bien que cela suscite l’admiration.
As-tu la même place que ta mère au sein du domaine ?
Charlotte de Béarn : D’un côté oui dans la mesure où je ne fais pas le vin (c’est Clément son mari qui est en charge de la vinification) et d’un côté non car nous avons beaucoup fait évoluer le domaine.
Véronique Barthe : Non pas du tout, ma mère ne s’occupait que de la maison et mon père beaucoup du domaine. Ce n’était pas une question de compétences mais une question de génération. J’ai 56 ans , c’est très récent le partage des taches. J’ai perdu mes parents assez jeune ce qui de fait, m’a obligé à prendre les choses en main très vite.
Audrey Rouanet:Pas du tout. Ma mère s’occupait beaucoup des vignes mais moins de la vinification ou du commerce.
Conseillerais -tu à tes filles de faire le même métier que toi ?
Charlotte de Béarn : Oui, car c’est un métier passion, qui permet de s’exprimer, de s’épanouir, qui offre une grande diversité. Une certaine liberté et une indépendance.
Véronique Barthe : Je leur conseille surtout de faire un métier qu’elles aiment car pour moi le vin c’est une passion, mais en vérité mes trois enfants même s’ils ne travaillent pas dans l’exploitation travaillent dans le monde du vin. Ils ont toujours baigné dedans et visiblement cela leur a donné envie.
Audrey Rouanet : J’espère qu’elle choisiront un métier qui les fait vibrer que ce soit le vin ou un autre. D’ailleurs, je vois souvent des vignerons pour qui « l’héritage familiale » est aussi un fardeau.
Moi je suis repartie de zéro, et je le fais pour moi, pas pour mes filles. C’est une façon pour moi d’être libre et qu’elles se sentent libres elles aussi de faire différemment.