Julia Marti, couper le mal à la racine (et ajouter des fleurs)

Le catalogue de Vins d’Avenir compte peu de spiritueux. Pourtant, même si je reste avant tout une amatrice de vins, je ne boude pas mon plaisir à la dégustation d’un bon whisky ou d’un joli cocktail. Mais la distribution des spiritueux est aujourd’hui complètement trustée par des grands groupes comme Pernod Ricard ou LVMH et l’incontournable Maison du Whisky, des interlocuteurs qui correspondent peu à la démarche Vins d’Avenir, où chaque nouvelle entrée est conditionnée à une rencontre humaine. J’avais donc presque renoncé à explorer cette piste.

C’était sans compter sur la gentillesse et le flair de David Garzino, propriétaire et gérant de la très chouette Cave conviviale à Vauvert.Il me conseilla de faire la connaissance de Julia Marti, une productrice de gin. « Vous allez bien vous entendre » affirma-t-il. Une femme dans le Gard qui produit seule des spiritueux ? Il n’en fallait pas plus pour aiguiser ma curiosité. Avec mes élèves, je suis allée la rencontrer et nous n’avons pas été déçus du voyage.


Julia nous a accueilli avec une grande générosité et elle a démarré la visite avec une distillation rien que pour nous.

Cette ancienne chimiste dans l’industrie pharmaceutique a changé radicalement de vie en 2016. Lassée de vendre du paracétamol, elle décide de produire des alcools sains et bons qui permettent de s’en passer un lendemain de soirée trop arrosée ! Pleine d’idées et de courage, Julia a lancé officiellement Cœur de cuivre il y a deux ans. Avec deux alambics traditionnels, de 1901 et 1906, elle distille essentiellement des vins et des bières. Autodidacte, elle mène ses distillations au nez en « contrôlant les chauffes à l’olfactif ». Joignant le geste à la parole, elle nous fait sentir l’odeur entêtante de dissolvant des premiers alcools à base de méthanol, « les têtes », qui sortent de l’alambic. Elle nous explique aussi qu’elle a créé « un réseau avec des vignerons bios voire nature car les arômes qui résultent de la distillation de leurs vins sont plus purs et abiment moins mon alambic. »

Place ensuite à la dégustation. Les étiquettes des bouteilles, modernes et graphiques, dépoussièrent l’image de la gnôle de grand-père. Julia nous les présente une à une avec fougue, passion et beaucoup de pédagogie. Il y en a pour tout le monde : des produits originaux à base de distillat de coquelicot aux indémodables « retwistés » comme le pastis ou le vermouth, en passant par des spiritueux dans l’air du temps comme le spritz. Mention spéciale pour le ChanGin’. Cette eau-de-vie bio « façon gin » est obtenue par une double distillation de vin de Saint Guilhem le désert, une IGP du Languedoc. Délicatement redistillée avec des baies de genièvre, des poivres, des baies roses et du gingembre, sa couleur bleue provient uniquement d’une macération de fleurs bleues, sans aucun additif ou conservateur. Ajoutez du tonic et sa couleur passe au rose !

Julia est membre du collectif Gouttes à Goûts, qui réunit l’Atelier du Bouilleur et la Distillerie Baptiste qui proposent de belles eaux-de-vie, des rhums élégants et bientôt un whisky. Tous sont signataires du « Manifeste de la Gnôle naturelle » qui définit ce qu’est une eau-de-vie naturelle : la recherche de la plus pure expression du fruit, de la plante, du légume ou du grain, du terroir et de la personnalité du distillateur ou de la distillatrice.

J’espère pouvoir vous faire déguster très vite ces belles trouvailles.

Plus bio la vie

Christophe Duplessis compte parmi les tous premiers clients de Vins d’Avenir. Nous avons lancé nos entreprises à six mois d’intervalle et échanger avec lui sur le développement du chiffre d’affaires, les hauts et les bas de nos activités respectives a souvent été très instructif pour moi.

Certes, tous les magasins bios possèdent un rayon vins. Mais peu d’entre eux font leur propre sélection, en dehors des catalogues proposés en interne par leur franchise ou par des grossistes bios généralistes. C’est le cas de La Vie Claire à Uzès grâce à Christophe Duplessis, œnophile convaincu de la première heure. Je suis donc ravie qu’il partage dans cette newsletter sa vision du bio et du vin.

Quel est ton parcours ? Comment as-tu ouvert un magasin biologique ?

J’ai longtemps travaillé dans la grande distribution et, même si j’avais la démarche de sourcer beaucoup de bio, je n’étais pas complètement en phase avec mes convictions. Le bio, ce n’est pas du business, c’est une philosophie. Et pour moi ce n’était pas cohérent de travailler pour un grand groupe et de défendre des petits producteurs.

Depuis quand es-tu convaincu par le bio ?

Cela fait plus de dix ans que je consomme bio. J’ai eu aussi une prise de conscience avec la naissance de mon troisième enfant, que j’ai eu sur le tard. Et plus j’en apprends sur l’industrie agro-alimentaire, plus je suis convaincu.

Et le vin ? Je sais, par les choix que tu fais, que tu t’y intéresses vraiment. Comment t’es venu le « goût du vin » ?

Mon père était un amateur de vin, c’est lui qui m’a initié. Puis j’ai vécu en Provence et là j’ai commencé à m’y intéresser vraiment, à aller voir des cavistes, acheter aux caveaux, etc. Sans surprise, ma madeleine de Proust, ce sont les vins d’Henri Bonnaud à Palette.

Proposer un large choix de vins, c’est aussi une stratégie commerciale car c’est différenciant. Plusieurs clients m’ont dit que j’avais une jolie sélection.

En outre, travailler avec des acteurs de la région comme Vins d’Avenir me permet de proposer des petits producteurs locaux. Si j’achète en centrale, ce n’est pas le cas.

Quel(s) vins préfères-tu ?

Je viens d’une famille où l’on boit beaucoup de blancs : une partie vit en Bourgogne, une autre en Loire. J’adore le Chablis et le Sancerre.

Dans la sélection du magasin, j’ai un faible pour les vins du domaine du Petit Roubié, toujours francs sur le plan aromatique et de supers rapports qualité / prix. En plus, le vigneron est en agriculture biologique depuis 30 ans.

Comment sont les clients des magasins bios ?

Souvent ils sont sensibles aux bons vins, ils aiment bien manger et donc bien boire. Ils connaissent très bien les labels et les dénominations, d’où l’importance d’avoir des vins certifiés AB, Nature et Progrès, Demeter etc. [si ce n’est pas votre cas, lisez à ce sujet le jargon du jaja #2].

Les consciences s’éveillent-elles au bio ?

Oh oui, c’est particulièrement flagrant en ce moment ! Les données sont nationales, ce n’est pas que dans ma boutique. Peut-être qu’une telle épidémie fait prendre conscience aux gens qu’être en bonne santé, c’est d’abord bien s’alimenter. C’est une crise sanitaire et le bio est synonyme de sécurité alimentaire. De plus, les pénuries alimentaires nous font prendre conscience de la nécessité de manger local.

Qu’est-ce qui différencie un magasin bio d’une grande surface qui vend du bio ?

Dans un magasin bio, je regarde le label mais pas seulement. Lorsque je sélectionne un fournisseur, je regarde aussi la liste des ingrédients de ses produits. On peut être en bio et ajouter tout un tas d’additifs, par exemple du sucre. Je suis également sensible au local et à l’éthique du fournisseur. En grande surface, on ne prend pas en compte tous ces facteurs.

Selon toi, quels sont les freins à un développement plus important du bio ?

Les producteurs eux-mêmes, qui ne sont pas toujours professionnalisés : ils livrent quand ils peuvent, ils ne font peu ou pas de suivi en rayon, ils ne sont pas toujours cohérents sur les marges commerciales, etc. Ce ne sont pas des commerçants. Chacun son métier, mais c’est dommage.

[Parenthèse publicitaire : d’où la nécessité d’avoir un bon grossiste qui fera l’intermédiaire 😁 ]

Quels sont tes projets ?

Pérenniser mon entreprise qui est encore toute jeune. [le magasin a ouvert il y a deux ans]. Développer encore plus les produits locaux : nous vivons dans une région extraordinaire où il y a du choix.

L’Épicerie

A l’Épicerie, en plein cœur de Nîmes, on se sent « comme à la maison » et ce depuis quatre ans. Le concept de Caroline et Bruno Licini est simple : tout ce qu’il est possible d’acheter est consommable sur place. Il s’agit de préférence de produits bios et quasi exclusivement en circuits courts. Mais l’Épicerie, ce n’est pas que cela. C’est aussi un endroit chaleureux où le mobilier semble avoir été chiné par des mains expertes, ce sont, certains soirs, des lectures de poésie, des dégustations de vins, des concerts ou encore un troc de livre.

Quand j’interroge les propriétaires sur la genèse de ce lieu magique, la réponse fuse : « L’idée a germé lorsque le fils de Caroline a acheté les murs. Il y avait ce local. Pourquoi ne pas en faire une épicerie ? Si ça ne marche pas, on mangera le stock ! ». C’était pourtant un sacré challenge que de créer une épicerie indépendante à l’heure où les supérettes des grandes enseignes pullulent dans les centres villes.

Comment avez-vous établi la sélection de produits ?

 « Ça n’a pas été difficile : nous aimons manger, alors nous avons fait des marchés et rencontré des producteurs qui sont devenus nos premiers fournisseurs. »

Aujourd’hui, l’Épicerie est devenue une belle adresse que l’on se communique entre amateurs de bonne chère et ce sont les producteurs qui viennent à Caro et Bruno pour être référencés sur leurs étagères.

Et le vin, là-dedans ? Sur les rayons, beaucoup de quilles bios, nature, que du local qu’ils achètent pour beaucoup en direct. Et pour le reste ? Ils font confiance à Vins d’Avenir, avec une préférence pour les jus « gourmands, ronds et peu tanniques ».

Le duo semble collaborer en parfaite osmose. Ce n’est pas compliqué de travailler en couple ?

« Franchement ? Non. » me répond Caroline. « Bruno est calme alors que moi je suis plus speed. Et puis, lorsque l’on parle de l’Épicerie sur notre temps libre, on n’a pas vraiment l’impression de travailler. Nos fournisseurs sont devenus des copains.  La vraie difficulté, c’est le nombre d’heures. Nous sommes ouverts du mardi au samedi de 9H30 le matin jusqu’à 23h le soir. C’est assez fatiguant comme rythme. »

Vos enfants partagent-ils vos convictions sur la malbouffe ?

« Oui ! Même si lorsqu’ils étaient plus jeunes ce n’était pas le cas, aujourd’hui les frigos de nos garçons sont remplis de produits bios. Quant à notre dernière c’est une ado donc, comme tous les ados, elle est contre tout ce qu’on fait ! »

Un coup de cœur respectif ?

Pour Caroline ce sera Amélie Clavier, qui produit une liqueur de verveine. « C’est un ange. Et elle est la seule productrice qui démarre de la culture de la plante pour aller jusqu’à la mise en bouteille. » Le choix de Bruno se porte sur Sylvain Petit, un producteur de vinaigre et moutardier.

« Tous deux sont des passionnés. Les logiques économiques n’ont pas de prise sur ces gens-là. Amélie ramasse les plantes quand elle « sent » que c’est le bon moment tandis que Sylvain a mis trois ans a élaboré sa meule. »

Enfin, et c’est sans doute ce qui me rend Caroline et Bruno si attachants, ils travaillent en parfaite confiance avec les producteurs. Les fournisseurs ardéchois ont par exemple la clef de la maison que le couple possède dans la région et qu’ils y déposent leur commande en leur absence.

Dans un monde toujours plus individualiste et qui invite à la méfiance, les « petits » commerces comme l’Épicerie sont aussi précieux pour l’estomac que pour l’âme.

L’épicerie, 14 rue de l’Agau, 30 000 Nîmes

Le vin en héritage

Thomas et Alfonso, Pascal et Arnault Pringalle.

Ouvert en 2011, Vins de nos Pères est devenu en quelques années une adresse incontournable pour les œnophiles nîmois. Ce succès est dû en grande partie à la personnalité charismatique du maitre des lieux, Arnault Pringalle. Il définit l’endroit comme une cave à manger plutôt qu’un bar à vin.

« Lorsque j’ai commencé en 2011 je me suis associé à un ami d’enfance, Vincent Parcé, dont la famille possède le célèbre domaine de la Rectorie à Collioure. Nous avons choisi d’associer nos compétences héritées de nos pères, l’hôtellerie pour moi, le vin pour lui. D’où le nom de l’établissement ». La maison doit aussi sa réussite à de nombreux plats signatures) la raclette au morbier, l’assiette de saumon ou encore l’andouillette- et à un droit de bouchon tout doux de 4€.

Aujourd’hui, Arnault est bien entouré, accompagné de trois comparses, Pascal, Thomas et Alfonso, ce dernier officie divinement en cuisine. On sent une équipe soudée et heureuse d’être là. Je questionne Arnault sur son rôle de manager, qu’il semble exercer avec plaisir et facilement. « Je dirais plutôt motivateur. Oui, j’aime la transmission, qui est à l’origine du projet. J’aime créer de l’émulation, que chacun trouve sa place. J’ai une grande confiance dans mon équipe. »

Issu d’une famille de neuf enfants, Arnault est le 5ème de la fratrie. On comprend aisément qu’il aime être le trait d’union et qu’il soit parvenu à recréer dans son établissement une ambiance familiale et chaleureuse.

Lorsque je l’interroge sur son initiation au vin, j’apprends que c’est là encore la famille Parcé qui lui a mis le pied à l’étrier. « Ma madeleine de Proust, c’est la cuvée Argile du domaine de la Rectorie, un blanc avec une belle tension. Puis lorsque je me suis intéressé à la vallée du Rhône, j’ai découvert d’autres vins avec du fruit et de la fraîcheur. C’est le cas aussi de certaines appellations du nord du Languedoc comme Pic Saint Loup, Terrasses du Larzac ou Monpeyroux. C’est ce que j’aime. »

La cave compte beaucoup de vins bios et nature. Arnault m’explique : « Pour moi, les vins bio, c’est l’avenir. En fait, pour tous les grands vignerons d’aujourd’hui, le bio cela fait longtemps déjà que c’est le présent. Les vins nature, c’est autre chose, c’est devenu une mode. Lorsque le terroir s’y prête que les sols contiennent assez de minéraux et de sulfites pour ne pas avoir à rajouter de soufre, cela peut produire de magnifiques cuvées. Je préfère quand les vignerons tendent vers une production nature, sans que cela devienne une obligation, une démarche jusqu’au-boutiste. »

Quand je lui demande ce qui fait selon lui un grand vigneron, Arnault s’enthousiasme. « Pour moi, un grand vigneron c’est d’abord de bons vins, une démarche humaniste ensuite. Mathieu Manifacier du domaine de Berguerolles, Pierre Regnault du domaine Pierre et l’Étoile, ou encore Edouard Santex qui a créé le domaine Un Coin sur Terre sont de bons vignerons mais aussi de belles personnes. C’est ça pour moi les grands vignerons de demain. »

Et lorsque nous évoquons les projets à venir, Arnault m’apprend, serein, qu’il ouvrira en mai une deuxième cave à manger, plus grande, avec un choix plus large de bières et de spiritueux et avec un concept incluant un peu plus le client dans le choix des accords mets-vins.

La transmission chère à Arnault n’est pas près de s’arrêter…

En bonus, quelques propositions d’accords mets et vins proposés par Arnault lors de notre entretien :

FROMAGE

Avec un ossau-Iraty : un Condrieu de Sylvain Badel ou de Julien Pilon. Et si on veut un vin plus accessible en termes de prix : le Viognier du Château Campuget.

Avec un pélardon des Cévennes : un blanc minéral mais gras. Un Collioure blanc de la Maison Parcé frères ou le Clos blanc du domaine Berguerolles en IGP Cévennes, un assemblage de Sauvignon boisé pendant 6 mois et de Viognier.

POISSON

Avec une assiette de saumon fumé : la cuvée Amphore de Luc Vignal (assemblage de Roussanne, Grenache blanc et Vermentino) ou son petit Pinot noir Pinocchio, tellement délicat qu’il n’écrasera pas le poisson.

VIANDE

Avec une viande blanche crémée : un champagne de la maison Étienne Oudart ou bien un joli rouge frais de la vallée du Rhône, la cuvée Brocéliande de François Merlin par exemple.

Antoine Olivain, chef sommelier chez Christian Etienne

Christian Etienne est le seul restaurant étoilé au guide Michelin à l’intérieur des remparts d’Avignon. Accolé au Palais des Papes, l’histoire du bâtiment n’est pas banale. Construit entre 1190 et 1220, il est même antérieur à la résidence pontificale. C’est en 1979 que Christian Étienne s’y installe à son compte et rend ses lettres de noblesse à cet établissement qui n’était alors qu’une cantine. Aujourd’hui à la retraite, c’est la famille Sevin qui veille à la réputation de l’institution avignonnaise. Guilhem Sevin, qui fut le sous-chef de Christian Etienne pendant plus de 15 ans, officie en cuisine et sa femme Corinne accueille les clients avec grâce et professionnalisme.

Ce mois-ci j’ai eu le plaisir d’échanger avec Antoine Olivain, le chef sommelier du lieu. Enthousiaste, curieux et volontaire, il a accepté de me dévoiler les secrets de son métier et ses coups de cœur viticoles. Rencontre avec un passionné, pour qui le vin est une histoire de transmission et d’émotion.

Comment es-tu devenu sommelier ?

Cela s’est fait par étapes. Ma famille est originaire d’Alsace et mes parents se sont installés dans le Sud en 1998. Mon père, suite à une reconversion professionnelle, a embrassé une carrière dans le vin, plutôt à des postes techniques en cave. Je l’ai souvent accompagné et c’est lui qui m’a transmis le virus. Le monde du vin me plaisait mais j’ai vu mon père s’abimer physiquement. On le dit peu mais le travail en cave est très rude. J’ai donc d’abord suivi des études dans le commerce international ici, à Avignon. En licence professionnelle, un couple franco-chinois me parle du métier d’importateur de vins. Premier déclic, j’ai envie de voyager. En master 2 je pars à Bali pour un stage dans le restaurant Bridges, qui cherche quelqu’un pour s’occuper de leur magasin de vins. À la fin de mon stage je leur propose de créer un poste de sommelier pour leur restaurant gastronomique. Ils acceptent et je vais y rester quatre ans et demi. Cette expérience fut extrêmement enrichissante. Je me forme au métier de sommelier, nous développons notamment un bar à vin et un concept de dégustation.

Je pars ensuite en Nouvelle Zélande pour épauler Hans Herzog qui possède une winery dans la région de Marlborough. Je découvre un rapport au vin complètement différent. C’est un pays qui n’a pas une tradition viticole ancestrale comme en France, donc l’approche du vin est plus simple, sans a priori, plus accessible, plus lisible aussi pour le consommateur. J’ai beaucoup appris à leurs contacts.

Alors que je m’apprête à partir m’installer aux États-Unis, j’apprends que le seul restaurant qui me fait rêver, Christian Etienne, cherche un sommelier. Changement de cap et retour en France !

En quoi consiste ton métier ?

À proposer des vins qui vont créer une émotion gustative. Il faut équilibrer la carte entre des valeurs sures, des références ou des appellations renommées, et des pépites encore peu connues qui apportent de la valeur ajoutée. C’est le cas par exemple du Sablet blanc du Château Cohola.

La situation d’Avignon est particulière. C’est la troisième destination touristique de France avec environ 60% d’étrangers et un pic au moment du Festival. Il faut en tenir compte dans la carte. Naturellement les clients les plus difficiles ne sont pas les étrangers mais les Français.

Il s’agit également de conseiller nos hôtes. J’aime le défi et surprendre un client qui arrive pétri de convictions en lui faisant découvrir un vin peu connu me galvanise.

Il y a également un aspect commercial et une part de gestion dans ce métier. Il faut optimiser les ventes, gérer les stocks, la saisonnalité des achats et, bien sûr, générer du profit.

Quels sont les avantages et les inconvénients de ton travail ?

La principale difficulté ce sont les horaires. Cela fait six ans que je n’ai pas passé les fêtes avec ma famille. J’ai raté les 30 ans de tous mes amis. C’est un métier difficile à concilier avec une vie amoureuse et encore moins une vie de famille… Toutefois on ne s’ennuie jamais et on apprend tous les jours. Les rencontres sont riches et humaines, bien au-delà de l’aspect purement mercantile d’autres métiers.

Comment travailles-tu avec le chef ?

Nous travaillons main dans la main. Je connais sa cuisine. Longtemps chef de partie poisson, son goût le porte vers les produits de la mer. Il est passionné et fonctionne au coup de cœur, comme moi. Très souvent les sauces font le lien entre le vin et le plat. Elles sont très importantes dans la cuisine du chef et sont la base des accords.

As-tu en mémoire un accord met et vin particulièrement réussi ?

Le chef avait élaboré un plat de Saint-Jacques cloutées au chorizo, céleri en purée et en pickles, vinaigrette à l’huile d’olive et au yuzu [un agrume asiatique]. J’avais choisi un Pessac-Léognan Latour Martillac 2014. La vivacité du cépage Sauvignon rappelait l’acidité du yuzu tandis que le Sémillon, plus charnu, faisait ressortir la douceur et l’onctuosité des Saint-Jacques. Et les notes empyreumatiques du vin, apportées par un élevage en barriques de 18 mois, accentuaient les touches fumées du chorizo.

Quelles sont selon toi les appellations qui ont le vent en poupe ?

Pour les rouges, le Lubéron et, pour les blancs, les Vacqueyras. Ce sont deux appellations méridionales mais qui bénéficient de terroirs frais et cela leur confère un équilibre remarquable.

Quelle est ta plus grande émotion de dégustation ?

La cuvée Coteau de Vernon millésime 2015 du domaine de Georges Vernay, LA référence de l’appellation Condrieu.

Parlons des fêtes. Quel vin recommandes-tu pour passer un bon réveillon de Noël ?

Tout dépend du menu. Mais je dirais n’importe quel vin qui saura réunir les âmes et créer une union magique autour de la table.

Le Châteauneuf-du-Pape du domaine de la Porte rouge peut faire l’unanimité, c’est fruité et gourmand, les tannins sont fondus. C’est bon tout de suite.

Et pour le Champagne ?

La maison de référence reste pour moi Krug. Leur blanc de blancs est extraordinaire. En Champagne de vignerons je conseille la maison Egly-Ouriet.

Un vin à boire au réveillon du Nouvel an avec des amis ?

Un vin léger avec peu de sulfites qui ne donnera pas mal à la tête. Par exemple l’IGP Vaucluse du domaine La Célestière.

Un vin à offrir à beau-papa pour les fêtes ?

Si c’est un buveur d’étiquettes, là encore j’aimerais le surprendre. Par exemple avec le très beau Pic Saint Loup du château de Valflaunès Un peu de Toi. Il se rendra compte qu’on peut faire du vin ailleurs qu’en Bourgogne (et moins cher).

Les nectars bio de la Mère Minard

Niché sous les arches de la place du marché à Saint Quentin-la-Poterie, charmant village à dix minutes d’Uzès, le Caveau de la Mère Minard est un lieu que j’affectionne tout particulièrement et qui est en passe de devenir l’un des bastions des vins bios dans le Gard.

Nicolas Chevrier et Illan Hubner ont réussi, en un peu plus deux ans, à faire de cette cave un endroit chaleureux, qui compte 400 références, dont près de 90% sont en bio ou en nature. Ces deux là sont connaisseurs et convaincants. Loin d’avoir un discours mercantile, ils connaissent personnellement la plupart des vignerons bios de la région et ils n’ont de cesse d’arpenter les salons pour les rencontrer. Et, cerise sur le gâteau, ils ont eu dès le départ la volonté d’inscrire dans leur gamme un très large choix de bières. Là encore, c’est une sélection très réussie et éclectique d’une centaines de noms où se croisent des valeurs sûres comme des bières belges et de nombreuses bières locales que comptent le Gard et l’Hérault.

Illan et Nicolas ont l’intelligence de laisser leur chance à tous ceux qui viennent frapper à leur porte. Ils goûtent beaucoup et ils sont toujours prêts à se laisser surprendre. Je suis  donc très heureuse de la confiance qu’ils accordent à la sélection Vins d’Avenir et je vous invite à découvrir cet endroit les yeux fermés !