2021, un millésime intense

Les années se suivent et ne se ressemblent pas. 2020 fut un millésime chaud et précoce où globalement les volumes étaient au rendez-vous. En 2021, les vignerons ont dû affronter le gel, la grêle et, pour certains, les inondations.

J’ai passé quelques coup de fil et, si le constat est le même partout, certaines régions  sont plus durement touchées que d’autres. Dans le Languedoc, l’été pluvieux a compliqué la situation. Audrey Rouanet du domaine Rouanet Montcélèbre m’explique : “Nous avons eu cette année le gel, la grêle , la coulure et la pluie. Cette dernière empêche la maturation complète des raisins et rend la maturité des grappes voir des grains est hétérogène. L’année dernière, certaines Syrahs rentraient en cave et titraient à 14°. Aujourd’hui, sur les mêmes parcelles, nous sommes à 12,5°.”

Pour autant, les vigneron.ne.s ne désespèrent pas. Aurélie Barrat Masson, qui élabore les fabuleux champagnes éponymes, garde le sourire : “Je ne me plains pas car, en Champagne, nous avons la possibilité de débloquer des vins des années précédentes. Mais les vendanges s’effectuent avec une sélection drastique des grappes les plus mûres uniquement. Pour autant, ce qui arrive sur la table de tri est très joli” conclut-elle, positive.
Les vendanges sont un moment clef dans la vie du vigneron. Elles scellent souvent son année. Beaucoup de jus ? Il doit trouver rapidement des débouchés commerciaux valorisants. Pas assez de vin ? Il faut une solution pour absorber le manque à gagner. Sans parler des écarts de qualité qui peuvent être dus au millésime et qui peuvent faire perdre certains clients. C’est un métier où l’on est toujours dans l’expectative. C’est ce que me confie aussi Théophile du domaine Milan, en Provence : “Cette année est particulière. C’est beau mais on a perdu des volumes à cause du gel et
des oiseaux notamment. Les pluies allongent les vendanges et il faut tenir sur la longueur. C’est une période dense où il faut gérer les équipes et prendre des décisions qui impacteront en profondeur le millésime.”

2021 est un millésime dont les vignerons auront mis du temps à acccoucher mais qui promet – comme souvent les années difficiles – de belles surprises.

La sélection trois couleurs de l’été

La sélection de Marion du bar à vins Marion-Nous à Avignon

Située sur la très jolie place des Carmes, cette institution avignonnaise est réputée pour ses bons petits vins, ses tapas goûteuses et son ambiance conviviale. Tout cela est l’œuvre de Marion qui dirige cette belle adresse avec beaucoup d’énergie et une bonne humeur à toute épreuve.

Les Maisons Brulées à Pouilly, VDF Pétillant Naturel, 100% Sauvignon.

« Vin naturel non filtré, non collé, élaboré de façon artisanale sans aucun intrant œnologique. Ce pétillant naturel est parfait pour cet été avec ses fines bulles. Il apporte fraîcheur et légèreté avec ses arômes de fleurs blanches. »

Le Gamali rosé du domaine la Goujonne, AOP Côtes de Provence.

« Excellent rosé de Provence, sec, léger, avec une belle acidité. Parfait pour cet été sur les terrasses tant attendues. Belle longueur en bouche, de jolies notes de fruits blancs. Très rafraîchissant. À déguster avec de bonnes petites salades fraîches, du poisson ou bien sur seul en apéritif. »

La cuvée Somnambule du domaine Le Fief Noir, AOP Anjou.

« Belle découverte de l’année pour moi qui suis très attachée aux vins de Loire, ma région d’origine. Ce vin est un assemblage de 90 % de Cabernet franc et 10 % de Grolleau, des cépages que j’apprécie particulièrement. Ils apportent au vin un nez gourmand de fruits rouges comme le cassis. En bouche, de la rondeur, des tanins, des arômes de cerise et l’on retrouve le cassis que l’on avait au nez. Préparez vos barbecues, ce vin agrémentera parfaitement vos grillades. »

La sélection de Barbara du restaurant Bajana à Collias

Ce restaurant, où officient Gabriel en cuisine et Barbara Brantonne en salle, propose une belle cuisine de brasserie inspirée de leur aventure lyonnaise. Consciencieuse, appliquée et surtout passionnée, Barbara choisit et déguste chaque vin de la carte. Je vous recommande cette adresse où vous serez reçu avec beaucoup de chaleur et de professionnalisme.

La cuvée La Rabassière de la cave Les Collines du Bourbic, AOP Duché D’Uzès, Viognier, Roussanne élevée en fût de chêne et Grenache blanc.

« Parfait avec l’espadon et la fricassée de volaille en croûte à la crème de pélardon. »

La Marsanne du domaine de Petit Roubié (Languedoc).

« Très minéral, elle a fait un malheur samedi avec les couteaux et les palourdes ».

Le Sablet rosé du Château Cohola.

« Parfait sur les coquillages, le pélardon et la terrine de saumon ».

La cuvée Mata H de Julie Karsten, AOP Côtes du Rhône (Castillon), rosé de saignée de Grenache, Mourvèdre, Cinsault.

« Très fruité, sympa sur un camembert à la provençale ».

La cuvée Plaisirs du domaine Montplézy à Pézenas (Languedoc).

« Très gourmand sur les fruits rouges ou sur une quenelle sauce nantua, à servir légèrement rafraîchi ».

La cuvée La Part des Anges de la cave de Lugny (Bourgogne).

« Un 100 % Pinot noir parfait sur la fricassée de poulet en croûte à la crème de pélardon ou la côte de bœuf ».

La sélection de Caro de l’Épicerie à Nîmes

Je ne présente plus Caro et Bruno Licini dont l’épicerie est une adresse connue de tous les nîmois gourmets et amateurs de produits locaux et que nous avions interviewés :

Je travaille avec Caroline depuis longtemps et c’est une personne dont j’aime tout autant les goûts que la personnalité. Humaine, directe et franche vous pouvez y aller les yeux fermés : tout est bon dans la sélection de Caroline !

La cuvée Vin de copains du domaine Wilfried.

« Hyper frais et digeste ».

La cuvée Souvenirs du domaine Si le vin, un 100% Gamay du Rhône Nord.

« Je le trouve excellent, ce n’est pas exactement un vin d’été car assez solaire mais vraiment délicieux. »

La cuvée Pur Jus de Benoît Braujou à Aniane

« Un Mourvèdre gourmand, dense, qui reste très frais (12 % d’alcool) et équilibré. »

Léa Desportes, à l’écoute des variations du fût

© Éditions Jean Lenoir, lenez.com

« Je n’aime pas les vins boisés. » Combien de fois ai-je entendu cette phrase ! Le Nez du fût de chêne, initialement paru en 2004 et entièrement réécrit aujourd’hui, tord le cou à tous les préjugés sur les vins élevés en fût et permet à tous de comprendre la différence fondamentale entre « le boisé et le boisage ».

© Éditions Jean Lenoir, lenez.com

Cet ouvrage magnifique réunit tous les talents des éditions Jean Lenoir pour proposer un coffret au graphisme moderne avec de magnifiques illustrations, douze arômes extrêmement réalistes (j’ai particulièrement aimé la note de café torréfié qui apparaît avec l’élevage en fûts neufs) et surtout la plume précise et juste de Léa Desportes qui a effectué un travail de recherche considérable pour produire un texte pointu.

Destiné plutôt aux professionnels du vin, Le Nez du fût de chêne est hyper complet. Les arômes sont accompagnés de fiches pour chacun d’entre eux, d’un carnet qui décrit précisément la fabrication d’un fût et d’un livre extrêmement fouillé qui aborde l’histoire du tonneau, comment et pourquoi l’élevage influence les vins, comment le vigneron peut le maîtriser ou encore quels sont les vins adaptés à l’élevage. Toutes ces informations permettent de comprendre à quel point l’élevage sous bois relève d’une tradition séculaire qui, lorsqu’elle est maîtrisée, sublime le divin nectar.

C’est avec beaucoup de pédagogie que Léa Desportes a accepté de répondre à quelques questions clefs sur le fût de chêne.

Que dirais-tu à quelqu’un qui prétend ne pas aimer les vins boisés ?

Je lui dirais qu’il n’a peut-être pas eu de chances ! Mais prétendre n’aimer aucun vin élevé sous bois n’a pour moi pas plus de sens que d’affirmer apprécier uniquement les vins de telle région ou de telle couleur. Il existe bien sûr des ratés ou des excès (les « vins de menuisier ») mais le fait est que les grands vins (et spiritueux) sont quasiment tous élevés en fûts. Et puis l’élevage en fût n’est pas toujours reconnu à sa juste valeur : trop présent, le bois est pourfendu ; bien équilibré, il se fait oublier. Car un élevage réussi n’ajoute pas, il révèle les qualités intrinsèques du liquide, en permettant au cépage, au terroir et aux conditions du millésime d’exprimer leur typicité. Il lui permet de se stabiliser, de s’intégrer, de se complexifier.

Pour les adeptes des vins nature, allergiques aux produits et aux interventions œnologiques, j’ajoute que le bois, matériau naturel et vivant, libère dans le vin des tannins (appelés ellagitannins) beaucoup plus oxydables que la majorité des constituants naturels du vin. Par conséquence, ces ellagitannins consomment en priorité l’oxygène dissous, protégeant le vin et permettant ainsi que réduire significativement les doses de soufre ajouté !

Qu’as-tu appris de plus surprenant sur les vins et les fûts en rédigeant cet ouvrage ?

Du point de vue historique, je n’avais pas mesuré que, si le tonneau est un outil ancestral, dont l’utilisation à grande échelle pour le transport du vin s’est développée pendant l’Empire romain, il faillit disparaître dans les années 1970 pour plusieurs raisons (palettisation et la conteneurisation de la chaîne logistique, mise en bouteille à la propriété alors que les vins étaient vendus en fûts au négoce, modernisation des chais avec la multiplication des cuves en béton ou en acier inoxydable thermorégulées, production en masse de vins de cépages dans le Nouveau monde, etc.).

C’est d’autant plus surprenant que le fût revient en force au cours de la décennie 80 avec la mode du « boisé intense » tant appréciée par le critique américain Robert Parker, partisan d’un goût rond, « sucré » et puissant. En 1980, la production française de fûts de chêne — l’Hexagone domine le marché mondial — tombe à 150 000. En 2018 elle est remontée à 670 000, dont plus des deux-tiers sont vendus à l’export.

Comment le vigneron détermine si un vin doit être boisé ou non ?

Le bois ne convient pas à tous les vins. La maturité, l’état sanitaire des raisins et leur composition, ainsi que les qualités variétales de chaque cépage, méritent d’être pris en compte. Avec un vin rouge trop léger, pauvre en polyphénols, l’élevage peut provoquer un assèchement, un renforcement de l’astringence, une diminution des impressions de charnu et une chute importante de la couleur.

Et puis, le vin, c’est aussi une affaire de goût. Un vigneron peut préférer un élevage en cuve ou en amphore. Et j’ajouterai … de coût ! Un fût, surtout neuf, n’est pas à la portée de toutes les bourses (entre 600€ à 900€ HT, voire davantage en fonction des tonneliers et des options choisies) et il faut pouvoir valoriser suffisamment sa cuvée pour que cette étape soit rentable.

Comment le vigneron choisit-il ses fûts ?

Il existe des fûts pour tous les goûts. L’espèce de chêne, la finesse de son grain ou encore le type de chauffe font considérablement varier l’apport que le fût aura sur le vin. Pour faire son choix, en concertation avec le tonnelier, le vinificateur doit prendre en compte la couleur du cépage et les spécificités du terroir. C’est pourquoi les assemblages sont de préférence pratiqués après l’élevage de chaque lot de vins dans des fûts aux propriétés et âge différents. Ajoutons l’effet millésime : les variations d’une année à l’autre sont telles qu’il est impossible de définir le fût idéal pour un vin donné.

Aurais-tu des vins où l’élevage t’a semblé particulièrement maîtrisé à nous conseiller ?

Dans la sélection de Vins d’Avenir, le Saint-Émilion grand cru du château d’Arcole casse le cliché des Bordeaux surboisés. L’élevage en barrique (c’est le terme à Bordeaux, on parle de pièce en Bourgogne), qui dure de 14 à 18 mois selon le millésime, apporte au nez des notes toastées et grillées mais qui ne dominent pas les odeurs éclatantes de fruits rouges. L’élevage permet aux tannins de se fondre et au jus de s’intégrer : en bouche, tout est en place, le vin est suave et d’une grande fraîcheur.

Dans le Rhône méridional, les Gigondas du château de Saint-Cosme, particulièrement les lieux-dits, sont en bon exemple de ce que requiert un élevage en fûts ambitieux : de la patience. Le vigneron, Louis Barruol, sait que ses terroirs produisent des vins qui ont la matière et la puissance pour supporter un élevage long. Déboucher trop tôt, le vin est marqué par le bois. Il faut attendre quelques années pour qu’il révèle toute sa finesse.

La première version de l’ouvrage s’appelait Le Nez du fût de chêne neuf, il a été transformé en Nez du fût de chêne. Pourquoi ?

Tous les vignerons n’utilisent pas 100% de fûts neufs, loin de là ! Leur proportion varie selon les régions. Plus un vin est tannique, plus des fûts neufs sont nécessaires pour l’assouplir. Le bois s’épuise progressivement avec son usage répété. Sa capacité à enrichir le jus fermenté en arômes baisse avec les ans, mais les notes du bois frais (noix de coco, clou de girofle, vanille) peuvent participer significativement au parfum des vins pendant trois ou quatre millésimes. L’oxydation ménagée ne dure elle aussi pas plus de quelques années (les pores du bois sont obstrués par des précipitations graduelles de tartre, de matières colorantes et autres colloïdes) mais il existe aujourd’hui plusieurs méthodes pour éliminer les premiers millimètres de bois afin d’améliorer les échanges entre les parois du fût et le vin.

Pour en savoir plus : visiter le site des Éditions Jean Lenoir.

En avril, la vigne sur le fil du rasoir

Un coup de froid inédit …

@ UGO AMEZ pour Le Monde

Vous en avez sans doute entendu parler : l’agriculture française a subi de terribles épisodes de gel tout au long de ce mois d’avril. Terribles par leurs effets — des mois de travail anéantis parfois en une seule nuit —, leurs conséquences économiques et psychologiques pour les producteurs, et par leur ampleur. Ces gelées 2021 ont en effet touché l’ensemble du territoire français. Aucune région viticole n’a été épargnée. En Champagne, on estime les pertes liées au gel entre 25 à 30 %. 80% des vignes du Bordelais sont concernées, totalement ou partiellement. Toute la Bourgogne a été frappée, de Chablis jusqu’au Mâconnais. En vallée du Rhône et en Provence, le bilan varierait de 30 à 60 % de pertes de récolte. Certaines appellations du Languedoc ont été décimées …

… mais pas surprenant

La cause est bien identifiée, elle porte un nom qui vous est malheureusement familier : le réchauffement climatique. Car c’est en réalité la chaleur de la fin mars qui a été précurseur du désastre agricole comme l’explique Serge Zaka, docteur en agro-météorologie : « la douceur exceptionnelle a permis aux végétaux d’exploser : les bourgeons ont éclos, les feuilles et les fleurs se sont retrouvées à l’air libre. Le froid d’avril est moins exceptionnel, une trentaine de records négatifs ont été battus, mais il a trouvé des bourgeons éclos. Or, dans le bourgeon, la plante résiste à -20°C quant à l’air libre, c’est -1°C. »

Les problèmes liés au climat ont été récurrents ces derniers années — on pense notamment à la terrible sécheresse qui s’est abattue sur le sud de la France en 2019 — et ils s’inscrivent dans la durée. « Avant, les dégâts liés au gel arrivaient tous les cinq ou six ans. Depuis 2010, c’est presque tous les ans. Et non, ce n’est pas une décennie noire, pas un épisode : c’est le climat du futur. Cela ne va pas se passer tous les ans, mais ça va devenir fréquent, à peu près jusqu’en 2050. Après cela, il va faire de plus en plus doux, les gelées vont devenir de plus en plus rares et les dégâts régresser. Il y aura d’autres problèmes liés à la canicule et à la sécheresse, mais c’est un autre sujet. » alerte Zaka.

Pas d’étonnement non plus du côté des zones touchées, bien connues des viticulteurs. Comme le rappelle Christian Chabirand du Prieuré la Chaume, lui plutôt épargné : « en réalité nous savons quelles sont les zones gélives, elles sont cartographiées. Grosso modo pas de surprise : ce sont bien elles qui ont gelé cette année. » Et ces secteurs se trouvent souvent en plaine. En vallée du Rhône, région soumise à de très nombreux microclimats, les fonds de vallons subissent des gelées beaucoup plus fortes. Thibault Kerhoas du domaine Delacroix Kerhoas dans le Gard en a fait la triste expérience pour les derniers millésimes : sur les quatre dernières années, ses vignes en plaine, notamment de Sauvignon, ont gelé trois fois.

Mais il est aussi arrivé que des parcelles bien exposées, donc plus avancées, aient subi davantage de dommages. En Bourgogne par exemple, les masses d’air polaires des nuits du 5/6 et du 6/7 avril ont plutôt atteint les climats bénéficiant de belles expositions en coteaux. Notez qu’il peut exister des différences de températures majeures au sein d’une même parcelle … Qui a dit que vigneron était un métier facile ?

Pas de solution miracle

Bourgeon de vigne protégé du gel par aspersion d’eau et formation d’une couche de glace. © Le Point @Thierry Gaudillere

De nombreux outils ont été déployés par les domaines et les maisons pour sauver ce qui pouvait l’être. Le Fief Noir en Anjou, durement touché, a utilisé sur trois hectares environ des bougies qui dégagent de la chaleur au sol, au niveau des pieds de vigne. Il en faut donc beaucoup, avec une efficacité limitée dès qu’un peu de vent se lève. Le co-propriétaire Alexis Soulas admet qu’elles ne peuvent pas représenter une solution pérenne : « très chères (environ 3000€/hectare), hyper polluantes, elles restent allumées seulement douze heures donc il faut calculer le moment le plus opportun pour les allumer. » L’œnologue-vigneron a également utilisé un voile, une sorte de couverture posée sur les vignes pour les réchauffer. Cette solution a très bien marché : « la parcelle que nous avons protégée avec a été intégralement épargnée. Mais c’est très compliqué à déployer, cela demande de mobiliser sept à huit personnes. »

D’autres techniques antigel ont été employées : chaufferettes au fuel, câbles chauffants, brûlage de paille ou encore aspersion d’eau dont les gouttelettes forment une coque de glace qui protège le bourgeon mais dont il faut disposer en quantité suffisante pour tenir jusqu’à la remontée des températures au-dessus de 3 °C (sinon c’est l’effet inverse qui se produit !). Certains ont investi dans des tours éoliennes (30 000 et 40 000 euros pour environ 5,5 hectares protégés) ou des hélicoptères pour brasser l’air, plus chaud en altitude, et le plaquer au sol pour le réchauffer.

Toutes ces moyens de lutte limitent les dégâts mais ne les empêchent pas. Elles sont particulièrement coûteuses en main-d’œuvre, en ressource et en installation de matériel. Elles sont accessibles surtout aux plus grands producteurs mais pas aux petits qui n’ont pas les moyens d’investir. Et, double peine, ces derniers ne sont souvent pas assurés. « À une époque les vignerons ont été aidés pour s’assurer. Les assureurs en ont profité pour rehausser leurs tarifs et c’est pourquoi aujourd’hui peu de vignerons s’assurent » se souvient Christian Chabirand. S’assurer est un pari que Thibault Kerhoas craint de ne pas gagner : « il y a fort à parier qu’une fois que j’aurai souscrit une assurance, cette année-là, il ne gèlera pas ! ». Sans compter que les assureurs seraient aujourd’hui réticents à signer des contrats avec des domaines viticoles selon Alexis Soulas.

Un procédé qui n’entraîne pas de surcoût consiste à changer ses habitudes en matière de taille. Tailler tard permet de retarder le débourrement (la sortie des bourgeons). C’est la bonne résolution prise au Mas Baudin qui a décidé de tailler les zones gélives en dernier dès l’an prochain.

La vigne résiste

Les agriculteurs subissent les aléas climatiques mais la nature déploie encore de petits miracles. Ainsi, la vigne — contrairement aux arbres fruitiers —, développe des bourgeons supplémentaires quand les premiers ont été détruits par la gelée ou une autre cause. Raison pour laquelle il est encore trop tôt pour estimer précisément les quantités qui vont manquer dans les cuves. Ces repoussent varient selon les cépages. Le Chardonnay fait par exemple très peu de bourgeons secondaires, contrairement au Grenache, au Merlot ou au Cinsault.

À l’Homme de changer ses modes de vie et de production pour mettre fin au désordre climatique. En attendant, soyons solidaires avec nos vignerons et avec nos agriculteurs, il en va de notre survie alimentaire.

Sources

Les témoignages des vignerons de la sélection Vins d’Avenir ont été recueillis par Réjane.

Julie Reux, « Le gel de plus en plus fréquent dans les vignes, c’est le climat du futur », La Revue du Vin de France, le 7 avril 2021 : https://www.larvf.com/le-gel-de-plus-en-plus-frequent-dans-les-vignes-c-est-le-climat-du-futur,4738499.asp

Jérôme Baudouin, « Les gelées d’avril ont durement touché le vignoble français », La Revue du Vin de France, le 7 avril 2021 : https://www.larvf.com/vin-gel-gelees-avril-vignoble-touche-touraine-saint-emilion-recolte-languedoc-inflorescences,4524336.asp

Clément L’Hôte, « En Bourgogne un épisode de gel « jamais vu depuis 30 ans » », 22 avril 2021 : https://www.vitisphere.com/actualite-93883-En-Bourgogne-un-episode-de-gel-jamais-vu-depuis-30-ans-.htm

Deux domaines rejoignent la sélection

Le Mas Baudin est un domaine viticole et oléicole d’une trentaine d’hectares situé à Montfrin, dans le Gard. Amélie et Vincent Bonnard sont des voisins, je les connais depuis quelques années maintenant. Ce sont des vignerons artisans pudiques et passionnés qui placent la famille et l’authenticité au cœur de leur travail.

C’est progressivement que le frère et la sœur sortent de la cave coopérative pour tracer leur route selon leurs goûts. Alors qu’ils se sont lancés dans ce grand projet il y a quelques années à peine, le domaine est ravagée par les incendies de l’été 2019. Le moulin brûle et tout l’appareil productif avec. Lorsque nous évoquons ce terrible épisode, Amélie ne s’apitoie pas. Pas le genre. « On va tout reconstruire ». Et, en attendant, la solidarité vigneronne fonctionne : c’est Jean René de Fleurieu du château de Montfrin qui abrite leur stock.

Les vins sont élaborés avec beaucoup de professionnalisme et d’instinct. Soin et précision sont apportés au travail en cave. Les raisins sont vinifiés en micro-parcelles dans quinze cuves qui sont assemblées pour produire cinq cuvées. La fermentation malolactique se déroule sous marc, étape risquée qui requiert beaucoup de surveillance mais qui apporte gras et matière.

Toute la gamme se décline en occitan. Pour commencer, le rouge, le blanc et le rosé Arlezzo, du nom du costume traditionnel des femmes arlésiennes. Avis aux amateurs d’exceptionnels rapports qualité prix. Fréjaou, leur cuvée 100% Syrah, rappelle étrangement les Syrahs de la vallée du Rhône septentrionale.

Le domaine Milan quant à lui a déjà ses lettres de noblesse. Réputé en France comme à l’étranger, Henri Milan a réussi à faire de cette exploitation aux portes de Saint-Rémy-de-Provence un bastion des vins nature,  et ce bien longtemps avant qu’ils ne soient à la mode. Aujourd’hui, c’est son fils Théophile qui officie au commercial mais le crédo reste le même : « Ici, les vins sont vinifiés en levures indigènes, peu de soufre voir pas du tout pour certaines cuvées, et sans filtration. La filtration c’est pire que le soufre, ça décharne les vins. » . L’encépagement est atypique pour la région : aux cépages traditionnels du sud se mélange d’autres variétés plus inattendues comme le Savagnin, le Macabeu ou le Nielluccio.

La gamme est large, les étiquettes graphiques et chaque cuvée à une histoire bien distincte. Au total, ce sont près de quinze vins différents que je dégusterai cette matinée de février. Lors de la dégustation nous traversons le chai parsemé de rose ici et là, la couleur totem du domaine. Et c’est en musique que nous dégustons. Quand j’interroge Théophile sur la musique, il me répond, un brin moqueur : « Ah, ça, c’est mon père ! ». Ce sont des vins avec beaucoup de personnalité et d’élégance.

J’ai évidemment été subjuguée par Le Grand blanc qui porte bien son nom. Très ouvert, avec des notes de noisette, légèrement oxydatif avec une belle patine, c’est un produit de gastronomie par excellence. Le vin orange Luna et Gaia se distingue par une belle structure et une amertume bien maitrisée qui équilibre le tout en bouche. Le Jardin millésime 2012 semble être à point : ce 100% Merlot offre un nez de truffe assez extraordinaire.

Mais le Domaine Henri Milan, ce ne sont pas seulement Henri et Théophile. C’est aussi Sébastien Xavier, le maître de chai qui travaille au domaine depuis vingt ans. Une cuvée porte ses initiales. S&X est un 100% grenache aux accents plus sudistes que le reste de la gamme. On y retrouve les marqueurs du cépage, mûr et cacaoté. Nous avons été rejoints à la fin de la dégustation par les enfants de Théophile, la troisième génération.

Vous l’aurez compris, au domaine Milan comme au Mas Baudin, c’est une histoire de vins et d’humains !

Pour 2021, 21 vins à moins de 21€

En 2021, je vous souhaite de boire bien et de boire bon. Et ça ne signifie pas forcément boire cher. Pour preuve, cette sélection éclectique de  21 vins à moins de 21 euros (prix caviste !). Et comme il m’aurait été impossible de choisir parmi la gamme de Vins d’Avenir, j’ai demandé à quatre cavistes talentueux et passionnés de partager avec nous leurs coups de cœur.

Toutes ces bouteilles sont proposées dans leur cave et elles peuvent vous être expédiées si vous n’êtes pas dans la région.

La sélection de Mathieu Shillinger de L’Arbre à Vins (Vaison la Romaine)

  1. La cuvée Hautes-Bassières 2017 du Château de Vauxun vin de Moselle 100% Pinot noir, 17,40€.

«  C’est un domaine en biodynamie, c’est  très frais, moderne, « fastoche » à boire. »

  1. Prima Dona 2019 du Prieuré La Chaume, un vin de Vendée, assemblage de Pinot noir, de Chardonnay et d’une faible proportion de Chenin, 19,50€.

« C’est un vin qui sort de sentiers battus. Situé au cœur de la vallée du Rhône, j’ai une clientèle de vignerons pas facile à surprendre. Et c’est le cas de ce vin. A l’aveugle, c’est très déroutant. »

  1. Le Clot 2017 du domaine du Clot de l’Oum, Côtes du Roussillon villages, une sélection parcellaire de Syrah, 19€.

«  Super digeste ! Dense et long. »

  1. La Louronne 2018 du Château Simian, Massif d’Uchaux 100% Grenache gris, 17 €.

« Un 100% Grenache gris c’est atypique, cela apporte une expression plus fraiche que ce que l’on peut trouver parfois dans la vallée du Rhône, équilibré avec un côté oxydatif. C’est un super vin de table. Il s’accorde merveilleusement bien avec des fromages de caractères comme un vieux Picodon ou un vieux comté. »

  1. Xinomavro 2019, jeunes vignes du domaine Thymiopoulos, Naoussa (Grèce), 17,50€.

« C’est le nom du cépage. C’est un vin dans un style très bourguignon avec de jolis tanins poudrés. Et c’est atypique. »

La sélection d’Illan Hubner de La mère Minard (Saint Quentin la Poterie)

  1. Baltazar  2019 du domaine LBV IGP Cévennes, 100% Grenache noir, 18€.

« C’est un domaine que j’adore, Julie Le Breton et Christophe Vial sont des amis. J’ai pu assister aux vendanges et au travail en cave, ils sont d’une très grande exigence. Ils travaillent avec une vieille presse en bois des années 50, les raisins sont égrappés puis retriés sur le tapis roulant. Il en résulte un Grenache délicieux, rond et équilibré. »

  1. La Grande Rando, Terres du Gaugalin, assemblage de Grenache (65%), de Carignan (15%), de Cinsault (10%) et de Clairette (10%), 17€.

« Ce petit coin de paradis mérite toute notre attention. La majorité des vignes a une cinquantaine d’années et le vignoble est en conversion biologique. Ce vin possède un côté confiture compotée que j’adore. »

  1. « Carignan Radical », Domaine Pèira Levada Faugères 100% Carignan, 20€.

« J’adore le Carignan ! C’est un cépage rond avec une belle matière, velouté, avec un nez bien fruité ! ».

  1. La cuvée Épouse-moi ! du domaine Le Pas de la Dame, Vin de France 100% Chardonnay, 10€.

«  C’est une superbe découverte. Pour moi c’est un Chablis à 10 balles ! On est sur la même palette aromatique qu’un Chablis mais beaucoup moins cher. C’est fou»

  1. Gewurztraminer 2016 du domaine de l’Envol, 13€.

« C’est un très joli Gewurztraminer pas trop sucré. Avec cette note de muguet que je trouve très délicate. »

La sélection de Benoit Locatelli de la cave Hardiesse (Nîmes)

  1. Bastingage 2017 du Clos de l’Élu, 100% Chenin, 20€.

«  C’est un putain de Chenin ! Un vrai vin de repas. C’est chaud, drainant. Classe »

  1. Bourgogne Aligoté du domaine Sylvain Pataille, 100% Aligoté, 15€.

«  C’est un superbe rapport qualité prix ».

  1. Renverse moi du Château Valflaunès, 100% Carignan, 9€.

« J’adore la démarche, c’est un vigneron en Pic Saint Loup qui aurait pu produire cette cuvée en AOP mais il aurait fallu produire un vin plus riche, « bodybuildé ». Il préfère écouter son terroir et produire un vin léger, friand. Je trouve la démarche courageuse et saine. »

  1. Ornicar 2019 du domaine Jean-Baptiste Sénat, appellation Minervois, assemblage de Grenache (80%), de Carignan (10%) et de Mourvèdre (10%), 18€.

« J’ai choisi Ornicar mais j’aurai pu mettre toute la gamme en 2019 tant le millésime est abouti. J’ai choisi Ornicar car c’est la saison de la truffe et c’est un accord magique avec ce vin. »

  1. Souvenir  2019 du domaine Si le Vin, IGP Colline rhodanienne, 100% Gamay, 11€.

« Un vin solaire, gourmande. Facile. »

  1. Picpoul de Pinet 2019 du domaine du Petit Roubié, 100% Picpoul, 11€.

« C’est un vin évidemment idéal avec les huitres. Il est iodé mais pas seulement. Il y a également un peu de matière, de gras. Ça fonctionne avec un repas complet de poisson. »

La sélection de Marie Marquis de La Part des Anges (Nîmes)

  1. Eolienne du Mas d’Espanet, assemblage de Picpoul, de Grenache et de Viognier, 13€.

« C’est un vin plein de fraicheur, le domaine est cultivé en biodynamie. »

  1. Soufre qui peut du Mas du Chêne, 100% Syrah, 13€.

«  C’est un vin sans soufre, à carafer une bonne demi-heure, mais c’est hyper gourmand, facile à boire ! »

  1. Marsanne 2019 du domaine du Petit Roubié, 100% Marsanne, 9€.

« Incroyable rapport qualité prix. Un blanc idéal pour l’apéritif. C’est fruité, c’est facile. »

  1. Astralab 2015 du domaine Le Chêne bleu, AOP Ventoux, assemblage Grenache et Syrah, 20€.

« C’est un vin aux tannins soyeux. Élégant plus que puissant. Vinifié par une femme ce qui ne gâche rien. »

  1. Lema 2017 du domaine de Roquemale, Grès de Montpellier, assemblage de Syrah, Grenache et Mourvèdre, 17€

« Des arômes de prunes, de pruneau. Un vin où apparaissent des arômes de vieillissement. Très atypique. »

La relève est assurée

J’ai récemment découvert, avec beaucoup de plaisir, les joies de l’enseignement. J’ai la responsabilité d’un groupe d’une dizaine d’adultes entre 21 et 55 ans. Ils viennent de milieux différents, d’horizons pluriels, mais tous doivent à nouveau se mettre dans la peau d’un écolier, ce qui n’est pas toujours évident.

Il y a Hayatt, la plus jeune, drôle, généreuse et fédératrice qui apporte les viennoiseries le matin. Il y a Dominique, « le Corse », doyen de l’équipe, qui a eu mille vies. Il y a des profils atypiques et attachants. Comme Nicolas, qui envoie valser la comptabilité au profit des bouteilles. Ou comme Elodie, belle liane méditerranéenne pleine de doutes et d’incertitudes qui avance pourtant à pas de géants. Il y a aussi Clément, commercial parisien en quête d’authenticité, Charlotte et Johan, esprits libres, artistes, Cécile, pétulante quadra lassée des postes de serveuse, ou encore Sébastien, fou de vin passionné qui impressionne ses camarades. Je pourrais égrener leurs portraits les uns après les autres tant les personnalités sont fortes et riches. Tous sont fascinés par le monde du vin mais c’est un milieu intimidant et il y a beaucoup à apprendre en peu de temps. Alors, pour faire retomber la pression et leur montrer que, malgré des codes parfois sectaires, c’est un monde convivial, fait d’échanges et de plaisir, nous sommes allés visiter le domaine Monplézy.

Anne Sutra de Germa et Christian Gil nous ont accueilli avec beaucoup de gentillesse. Lorsque l’on arrive au domaine, le cadre est séduisant, en hauteur sur les coteaux. Anne nous a raconté que la propriété a été achetée dans les années 1920 par son grand-père Jean Sutra, un négociant en quête de quiétude. C’est Georges, son fils, qui fit prospérer le domaine en cave coopérative. Anne et Christian ont construit leur propre cave de vinification en 2000 et ils ont converti l’exploitation à l’agriculture biologique. Christian évoque aussi la présence de leur fils Benoit, la première génération à avoir reçu une formation viticole (Benoit est ingénieur agronome diplômé de l’école de Purpan). Les parents sont très fiers et ils reconnaissent avec beaucoup d’humilité son apport dans la qualité des vins. Il faut dire que Benoit à tout pour être un grand vigneron : vision, technicité et humilité.


La visite se poursuit et, dans la fraicheur du chai, les étudiants prennent confiance et ils se risquent à poser quelques questions. Anne et Christian leur expliquent les différences entre les barriques de chêne français et de chêne américain, l’intérêt d’avoir une chaine d’embouteillage…

Puis vient le temps de la dégustation. La gamme est large et construite, ils peuvent observer les différences d’un vin à un autre. Plus gras, plus aromatique, plus tannique. Là encore, les vignerons ne sont pas avares en explications, sur le nom des cuvées ou les choix techniques. Nous repartons ravis, nourris intellectuellement et humainement.

La journée se termine par un magnifique pique-nique à la plage. Le lendemain, lorsque nous nous remémorons cette belle journée, certains évoquent leur frustration de ne pas être aller dans les vignes. Finalement, ils n’en n’ont pas eu assez. Aucun doute : la relève est assurée !

Nouvelles du front

Cela fait plus d’un mois que nous sommes confinés et nous prenons tous beaucoup de retard dans notre travail. La vigne, elle, est plutôt en avance. Le démarrage précoce du cycle végétatif a plusieurs conséquences.

Au domaine Delacroix Kerhoas, dans la partie gardoise de la Vallée du Rhône, l’exceptionnelle douceur, suivie de nuits très froides, a malheureusement provoqué des gelées dans une partie des vignes. La vigne est sensible au gel dès l’apparition des jeunes feuilles qui sont riches en eau. En cas de forte humidité, les jeunes pousses peuvent geler dès -2 à -3°C alors qu’en situation plus sèche, elles peuvent résister jusqu’à -4 voire -5°C. Ces gelées n’entraînent jamais la mort de la vigne même si elles peuvent détruire la récolte. Il est encore trop tôt pour estimer si les dégâts actuels auront des conséquences sur la récolte à venir.

Une bonne nouvelle tout de même : alors que le Sauvignon 2018 était en rupture de stock depuis octobre dernier, le domaine a mis en bouteille le millésime 2019. Plus délicieux encore, il se décline en notes de mangues fraiches, d’ananas et d’agrumes.

Pour Audrey Rouanet, au domaine Rouanet Montcélèbre, c’est la course contre l’herbe ! Les adventices, également (mal) appelées « mauvaises herbes », ne doivent pas concurrencer la vigne alors que sortent les premiers bourgeons. L’herbe est tondue puis éliminée par un travail mécanique un rang sur deux. Audrey a également entrepris de fertiliser ses sols. Elle a épandu de l’engrais organique dans les vignes de plaine et du fumier composté dans celles de coteaux. Les traitements sur les parcelles les plus précoces ne devraient pas tarder à débuter.

Plus au Nord, en Sud Vendée, les gelées ont épargné le Prieuré la Chaume. Après un hiver pluvieux, le climat est très sec. Une telle sécheresse à cette période de l’année convient particulièrement bien à la vigne. Christian Chabirand et son équipe terminent l’attachage des vignes. Cette étape du travail, indispensable, nécessite précision et dextérité. L’attachage consiste à courber la baguette, le long bois laissé sur le cep après la taille pour donner des fruits, l’enrouler et la fixer sur le fil le plus bas du palissage. Elle permet d’obtenir une croissance homogène et ordonnée sur le plan du palissage et des grappes bien réparties dans le rang.

Prochaine étape : les premiers traitements pour se prémunir des maladies dues à l’humidité comme le mildiou.

Vous l’aurez compris, les vignerons de Vins d’Avenir ne chôment pas et l’incertitude quant à la suite est leur pain quotidien … chaque année.

Vignerons créatifs

Chaque année, fin janvier, a lieu à Montpellier Millésime Bio, la grande messe des vins bio. Il s’agit d’un salon professionnel qui met en contact des centaines de vignerons, de France et d’ailleurs, tous certifiés en agriculture biologique, avec des importateurs, des agents, des grossistes, des cavistes ou encore des sommeliers. J’y ai d’abord participé en tant qu’exposante et je m’y rends maintenant comme visiteuse. C’est l’occasion de découvrir des domaines qui pourraient intégrer la sélection et de rencontrer tous les producteurs avec qui je travaille déjà. Nous échangeons sur l’année écoulée, je goûte les vins du dernier millésime et les nouveautés quand il en existe. Et cette année les vignerons de la sélection Vins d’Avenir ont été créatifs !

Paul Riéflé, du domaine éponyme, nous a présenté son crémant Brut Alpha, un deuxième pétillant dans la gamme. Les bouteilles ont été dégorgées en 2018 après quatre ans de vieillissement sur lattes. L’assemblage, la méthode de vinification comme l’esthétique de la bouteille empruntent aux codes du Champagne (pour connaître la différence entre les types de bulles, je vous renvoie à l’article de Léa Desportes). La bouche est ample, assez vineuse.

Autre nouveauté : un vin orange, le Sacré Loustic, qui porte bien nom. Les baies de très jeunes vignes de Gewurztraminer ont été laissées macérées pendant trois semaines. Ce contact prolongé entre la pellicule et le moût de raisins, habituellement évité pour la vinification en blanc, confère aux jus de la couleur, des arômes et de la matière. Sacré Loustic, vin nature non filtré (là encore, allez lire les explications de Léa), offre un nez très atypique de clou de girofle, de poivre, de cumin. Voici un vin qui nous fait voyager, ses notes de curry et de gingembre confit appellent à des accords lointains, pourquoi pas du côté de l’Inde.

Au domaine Wilfried, ce sont également deux nouvelles cuvées qui ont vu le jour. Les paradis perdus, c’est une parcelle rayée des cartes lorsque l’appellation Cairanne est née en 2016. Décision injuste et incompréhensible selon les vignerons Réjane et Wilfried Pouzoulas, qui ont décidé de vinifier à part ces vieilles vignes de Grenache plantées sur un sol argilo-calcaire. Le résultat est une cuvée parcellaire tout en légèreté et en finesse. Le vin s’ouvre sur des notes de pivoine puis déroule des notes de baies, de groseille et d’épices. 2018 est déjà en rupture mais le paradis mérite sans doute un peu de patience … La sœur et le frère, qui ne sont pas oisifs,ont également élaboré un rosé en Vin de France, Le courage des oiseaux.

Direction le Languedoc et le domaine Rouanet Moncélèbre. Audrey Rouanet, agacée de devoir sacrifier ces jolis Cinsault à une mode qui réclame des rosés de plus en plus pales et insipides, a décidé de garder ces raisins pour produire un monocépage rouge en vin de Pays. On chante à nouveau avec ce rafraichissant Se Canta 100% Cinsault et on crie « vivement l’été ! ».

Il n’a pas pu venir au salon mais il n’a pas chômé non plus, Sylvain Badel. Si le vin, une des références de la sélection avec ses Saint-Joseph rouges, propose cette année une cuvée de l’appellation nord-rhodanienne … en blanc ! Les volumes sont ultra confidentiels et il n’y en aura pas pour tout le monde. Je n’ai pas encore gouté mais il y a fort à parier que nous ne serons pas déçus. Je vous en parle dès que ce sera fait.

Enfin, le Château Cohola se lance avec brio dans l’aventure des vins sans soufre. Et pour satisfaire tout le monde, ils ont élaboré un rouge et un blanc. J’ai été particulièrement impressionnée par leur Sablet blanc, produire des vins nature dans cette couleur étant un exercice périlleux. Le talent de vinificateur de Jérôme Busato a fait naître une cuvée aux arômes complexes de brioche et de safran qui offre une très belle longueur en bouche. En rouge, la micro cuvée 100% Syrah a été vinifiée en amphores. A l’ouverture les marqueurs du cépage sont bien présents : des notes animales, d’abord, puis des arômes de violette et de poivre blanc.