En finir avec le « Bordeaux bashing »

« J’aime tout sauf les bordeaux ! » Combien de fois ai-je entendu cette triste phrase . Le bordeaux bashing ne date pas d’hier, depuis que je travaille dans le vin, les vins de Bordeaux sont boudés par les consommateurs français. Pourtant, il me semble que les choses sont en train de changer. Peut être le résultat des efforts des vignerons bordelais pour moderniser et dynamiser l’image de leur vignoble. J’aimerais revenir sur ce phénomène qui me semble fou et injuste, et tordre le cou à ces a-prioris en quelques questions

Les vins de Bordeaux sont-ils trop chers ? VRAI ET FAUX (mais surtout faux)

Cette représentation n’est pas sans fondement. Dans les années 2000 les prix de certains grands vins à Bordeaux se sont envolés. La forte demande asiatique a créé une grande inflation et certains domaines n’ont pas été raisonnables. Ils en payent aujourd’hui le prix. Pour autant, il existe des rapports qualité prix incroyables à Bordeaux. C’est le cas du blanc sec du Château Suau à Cadillac, assemblage de 80% sauvignon blanc, avec 20% de sémillon . Un vin blanc plein de pep’s, aromatique et salivant. Vendu moins de 10€ chez un caviste. Idem pour les cuvées Eos du Moulin de Rioucreux porté par Guillaume Guerin en Blaye côtes de Bordeaux, tant en vin rouge, qu’en vin blanc. Des vins souples , faciles d’accès, avec de très jolies étiquettes, ce qui ne gâche rien. En outre, ces deux domaines sont en agriculture biologique.

Les vins de Bordeaux sont (trop) tanniques ? FAUX

Certains grands vins de Bordeaux sont taillés pour la garde. Une garde longue parfois plus de 20 ans. C’est un savoir faire exceptionnel des vignerons français qu’on ne peut balayer d’un revers de la main. Pour qu’un vin puisse tenir dans le temps il est nécessaire qu’il ait une structure solide . En revanche, il existe aussi des vins ronds et gourmands à Bordeaux. Le merlot, le cabernet franc permettent d’avoir des vins pleins de buvabilité. Il existe aussi des vigneron-(nes) capables de produire des vins équilibrés. C’est le cas de la pétillante Véronique Barthe qui produit au Château d’Arcole un Saint Emilion grand cru (en biodynamie s’il vous plait) velouté et plein. Très agréable en l’état mais qui laisse présager aussi un long potentiel de garde. J’ai récemment ouvert un magnum de 2010 et autant vous dire que j’ai pris une petite claque.

Les bordeaux sont trop standardisés? FAUX

Là encore il me semble qu’il s’agit d’un faux procès issu de représentations et non de la réalité.
J’aimerais vous raconter une anecdote à ce sujet. Lorsque je donnais des cours de dégustation à des sommeliers-cavistes nous avons fait une dégustation de vins de bordeaux et les qualificatifs des élèves me semblaient assez sévères. « herbacé » « végétal » « trop tannique » etc. Malgré mes efforts pour essayer de les faire sortir de leurs a-priori , je me heurtais à un mur. En fin de formation, j’ai organisé plusieurs dégustations à l’aveugle dans lesquelles j’ai glissé quelques bouteilles de Bordeaux … Et le miracle se produisit les vins de Bordeaux se révélaient « gourmands » « fluides » « frais ».

Les vignerons Bordelais ne sont pas sensibles à l’agriculture biologique? VRAI et FAUX

Jusqu’à peu le vignoble bordelais était effectivement à la traîne face à des régions comme le Languedoc ou la Vallée du Rhône. Aujourd’hui ce n’est plus le cas et les Bordelais se convertissent massivement. Le département de la Gironde est celui où l’on trouve le plus de vignoble en bio et en conversion. De nombreux domaines se sont tournés vers l’agriculture biologique même si le démarrage à Bordeaux a peut être était plus long . On peut tout de même noter que l’humidité d’une région océanique comme le Bordelais rend la conversion à l’agriculture biologique plus difficile

AOP pour le meilleur et pour le pire

Côtes du Rhône, Pic Saint Loup, Châteauneuf du pape, Champagne… Toutes ces dénominations dans le vin sont des appellations d’origines contrôlées, elles sont censées permettre au consommateur  de s’y retrouver tant sur l’origine du vin que sur un certain niveau de qualité attendu. Les AOP sont définis par un cahier des charges, sorte de règlement de l’appellation. Le cahier des charges définis des éléments tels que la couleur autorisé, les cépages, la taille, les rendements ou encore les méthode de vinification. Si les appellations ce sont parfois révélées trop rigides et mal adaptées aux évolutions viticoles elles permettent néanmoins de comprendre les origines des régions de production.  Il est particulièrement intéressant d’apprendre à décrypter le cahier des charges des appellations, cela permet de comprendre (ou pas) le bien fondé du prix d’un vin par exemple. Ce mois-ci  j’ai choisi les quatre appellations citées plus haut à titre d’exemple. Certaines informations dans un cahier des charges sont très techniques mais d’autres simples permettent de comprendre rapidement les données clefs d’une appellation. Nous nous attacherons aux indications suivantes.

La Couleur

En appellation Pic Saint Loup seul les vins rouge et rosés sont autorisés , le vin blanc est interdit , en Champagne c’est le vin rouge qui est interdit et en Châteauneuf du pape seuls les vins blancs et rouges ont droit de cités. Enfin , en Côtes du Rhône, les trois couleurs sont bel et bien autorisées

Lieu de production

Dans un cahier des charges sont citées une par une toutes les communes qui peuvent prétendre à l’appellation. Une distinction est toujours apportée entre l’aire où les raisins sont récoltés et l’aire où les raisins sont vinifiés. En général dans l’aire de vinification s’ajoutent quelques communes.

Là encore les différences entre les appellations sont édifiantes. Tandis que l’appellation côtes du Rhône s’étend sur 6 départements et près de 1800 communes. L’appellation Pic- Saint-Loup, elle ne couvre que 2 départements et seulement 17 communes. Quant à l’appellation Chateauneuf du Pape elle court uniquement dans le Vaucluse et couvre seulement cinq communes. Enfin l’appellation Champagne couvre la Marne ,l’Aube, l’Aisne,la Haute-Marne,la Seine-et-Marne et près de 300 communes

Les cépages autorisés

Souvent dans un cahier des charges sont précisés les cépages principaux et les cépages accessoires.

Comme ici en Pic Saint Loup : Les vins rouges sont issus des cépages suivants:
Cépages principaux : syrah N, grenache N, mourvèdre N.
Cépages accessoires : cinsaut N, carignan N, counoise N, morrastel N.
Les vins rosés sont issus des cépages suivants :
Cépages principaux : syrah N, grenache N, mourvèdre N.
Cépages accessoires : cinsaut N, counoise N, morrastel N, gr

Mais ce n’est pas toujours le cas. Exemple en Champagne « Les vins sont issus exclusivement des cépages arbane B, chardonnay B, meunier N, petit meslier B,
pinot blanc B, pinot gris G et pinot noir N. Six cépages au total mais 75% du temps ce sont des champagnes de chardonnay et de pinot noir que nous buvons.

Idem à Châteauneuf, (qui a fondé sa réputation sur le mariage parfait entre grenache noir et galets roulés) autorise pourtant dix huit cépages dans l’appellation : « Les vins rouges et blancs sont issus des cépages suivants : bourboulenc B, brun argenté N (localement dénommé « vaccarèse »), cinsaut N, clairette B, clairette rose Rs, counoise N, grenache blanc B, grenache gris G, grenache N, mourvèdre N, muscardin N, picardan B, piquepoul blanc B, piquepoul gris G, piquepoul noir N, roussanne B, syrah N, terret noir N

Enfin en Côtes du Rhône bien que la liste autorisent au total 31 cépages différents, il est bien dommage de constater que ce sont seulement huit à dix cépages qui reviennent en permanence dans les assemblages.

Les vins blancs sont issus des cépages suivants : cépages principaux : bourboulenc B, clairette B, grenache blanc B, marsanne B, roussanne B, viognier B ;

cépages accessoires : piquepoul blanc B, ugni blanc B.
– Les vins rouges et rosés sont issus des cépages suivants : cépage principaux : grenache N ; mourvèdre N, syrah N ;

cépages accessoires : bourboulenc B, brun argenté N (localement dénommé camarèse ou vaccarèse), caladoc N, carignan N, cinsaut N, clairette B, clairette rose Rs, counoise N, couston N, grenache blanc B, grenache gris G, marsanne B, marselan N, muscardin N, piquepoul blanc B, piquepoul noir N, roussanne B, terret noir N, ugni blanc B, viognier B.

Les Rendements

A mon sens c’est une information de taille qui donne des indications concrètes sur la concentration des raisins dans le vin de l’appellation et qui devrait avoir une incidence direct sur le coût de production du vin et donc sur le prix final. Les rendements dans un cahier des charges sont exprimés en hectolitre/hectares ou en poids de raisin à l’hectare. (Dans ce cas il faudra convertir ce poids en hectolitre pour un rendement en hectolitre/ hectare. Globalement il faut environ 120 kg de raisins pour obtenir un hectolitre.)

Ainsi en Côtes du Rhône la charge maximale est de 9500 kilos/hectare soit 79 hecto/hectare. Alors qu’en Chateauneuf les rendements maximum autorisés sont de 35 hectolitre hectares. On comprend donc aisément les différences de prix.

En Pic-Saint-Loup les rendements sont de 37 à 60 hecto /hectares et en Champagne alors que l’on pourrait imaginer des rendements plus faible, les rendements sont énormes de près de 100 hecto/hectares. Là en revanche le prix final des Champagnes peut questionner.

Les vendanges

Manuelle ou à la machine cette indication est très importante et permettra de comprendre tout de suite si l’appellation compte plutôt des petites exploitations ou de grandes. Cette information a également une importance clef sur le prix de revient du vin. Les vendanges manuelles sont beaucoup plus couteuses que le passage d’une machine. A Châteauneuf la récolte est exclusivement manuelle, pour les trois autres appellations il n’y a pas d’obligations. En champagne toutefois la récolte doit être en grappe entière.

Le degrés d’alcool

Dans chaque cahier des charges le taux d’alcool minimum est défini. Il est en général autour de 12°

En Pic- Saint Loup c’est 12° minimum,

En Châteauneuf du Pape 12,5°

En Côtes du Rhône une distinction est faite entre les Côtes du Rhône septentrionales et méridionales: 11 °, pour les exploitations situées au sud du parallèle de Montélimar (Drôme)

10,5°, pour les exploitations situées au nord du parallèle de Montélimar (Drôme). E

Enfin en Champagne, le taux d’alcool minimum est de 9°. La Champagne est située bien plus au nord que les trois autres appellations, cela pourrait expliquer cette différence. Cependant à 9° peu de vins sont à maturité…

Il existe encore beaucoup d’informations très pertinentes dans les cahiers des charges, comme le taux de sucre dans le vin, la taille, l’élevage etc. Soyez donc curieux.

Bibliographie

https://extranet.inao.gouv.fr/fichier/PNOCDCAOC-Champagne-20190619.pdf

https://www.oivr84.com/telechargements/referentiel/CDC_cotes_du_Rhone.pdf

https://info.agriculture.gouv.fr/gedei/site/bo-agri/document_administratif-1d1f1fc9-e5ee-45ac-b605-f56432d2c0b6/telechargement

https://www.inao.gouv.fr/var/inao_site/storage/repository/editeur/files/pdf/CDC-AOP/AOC%20Ch%C3%A2teaneuf-du-Pape_20111116.pdf

Les vins oranges en cinq questions

 A l’heure où vous lirez ces lignes se tient Millésime bio 2023, le grand salon professionnel des vins bios. Depuis quelques années déjà, la grande tendance sur les stands de vignerons, ce sont les vins oranges. Si ce n’est pas déjà le cas, vous verrez d’ici peu les magasins de vos cavistes se garnirent de ces vins un peu spéciaux, a mi-chemin entre vin rouge et vin blanc. Voici donc cinq questions pour comprendre cette nouvelle technique.

1) Un vin orange qu’est ce que c’est ? 

Un vin orange est un vin produit avec des raisins blancs mais vinifié comme un vin rouge. Dans le processus de fabrication des vins rouges on fait macérer les peaux avec le jus du raisin, pour lui apporter la couleur mais aussi les tannins et des précurseurs d’arômes. Pour obtenir un vin blanc on sépare le jus, des peaux. Pour obtenir un vin orange il s’agit donc d’une macération des peaux du raisin avec le jus . Cette macération peut durer de quelques jours à quelques semaines selon le profil choisi

2) Peut-on faire du vin orange avec tous les vins ? 

Vous l’aurez compris , on ne peut faire un vin orange qu’avec des raisins à peaux blanches. Pour ce qui est du type de cépage préconisé , c’est une décision de vigneron. Par exemple, Benoit Gil au domaine Monplezy à choisi le cépage vermentino, un cépage à la peau fine qui produira un vin orange délicat aux arômes subtils. Tandis que Paul Riefle en Alsace à choisi une macération de gewurztraminer, cépage extrêmement aromatique dont la vinification renforcera les arômes et apportera des notes intenses d’écorces d’oranges et d’épices douces.

3) Pourquoi c’est souvent cher ?

A mon sens, il n’y a aucune raison a ce qu’un vin orange soit plus cher que le reste de la gamme, ce n’est ni une rareté, ni une prouesse technique. Ce qui peut faire monter les couts de production ce sont éventuellement les contenants utilisés pour le produire et la durée de l’élevage. Renseignez vous bien sur le mode de production.

4)  Est ce que c’est bon ?

C’est subjectif et cela dépend de nombreux facteurs, quoiqu’il en soit les vins oranges proposent souvent un registre aromatiques assez large et plutôt atypique. Cela peut être déroutant pour les non initiés. Mais si c’est bien fait c’est excellent. Régulièrement je retrouve dans ces vins des notes d’agrumes et un peu d’amertume . J’apprécie l’amertume dans les vins quand elle est justement dosée, cela donne allonge, fraicheur et élégance. C’est le cas de la cuvée Contact en 100% chenin du Fief Noir qui me semble particulièrement réussie.

5) Quels accords mets et vins ?

A mes yeux les vins oranges sont typiquement des vins de sommeliers car l’on peut faire des accords très intéressants avec, mais ce sont des vins tanniques aux arômes intenses il faut un plat qui puisse soutenir le vin . La cuisine indienne assez relevée en épices par exemple pourra être un match parfait.

La cave Vincens à Millau

Dans sa belle cave millavoise, Jean-François Vincens est épaulé au quotidien par une équipe de choc : Laura Fangeaud, qui a rejoint l’équipe il y a trois ans, et Émilie Herail, arrivée il y a tout juste un an.

J’aime beaucoup ces cavistes, ce sont tous trois des professionnels impliqués qui dégustent beaucoup, se déplacent dans le vignoble et les salons et reçoivent également les agents commerciaux qui, comme moi, viennent leur présenter leurs pépites. On trouve donc dans leur boutique beaucoup de vins de petits producteurs de qualité mais à des tarifs très raisonnables. Et, ce qui ne gâche rien, ils sont d’une grande simplicité et d’une gentillesse déconcertante. Bref, tout ce que j’aime !

Jean-François et Laura ont accepté de répondre à mes questions, Émilie étant malheureusement absente ce jour-là.

Jean-François, quel est ton parcours ?

Le vin, c’est une reconversion professionnelle effectuée il y a quinze ans suite à un bilan de compétences. Grâce à ce bilan j’ai identifié mon goût pour le relationnel. Je souhaitais rester à Millau et j’avais identifié que l’offre vins était peu étoffée. Je me suis formé dans le cadre d’un Fongecif et j’ai travaillé deux ans dans cette cave avant d’avoir l’opportunité de la reprendre.

Que trouve-t-on dans cette cave ?

Beaucoup de vins du Languedoc. Je dirais 60 à 70 % de la sélection. Des vins de qualité, de milieu de gamme, et toujours des vins de vignerons. Il me semble que c’est le rôle du caviste de trouver de bons rapports qualité/prix

Comment sélectionnez-vous les vins ?

Nous dégustons tout. Nous essayons de répondre aux demandes des clients et de ne pas avoir seulement des vins à notre goût à nous. Par exemple, je ne suis pas un adepte des vins boisés mais j’en ai dans la gamme car certains clients les affectionnent. Nous nous promenons dans le vignoble, nous rencontrons des agents commerciaux et nous nous rendons aussi sur des salons.

Justement, quel(s) vins préfères-tu ?

J’aime les vins sur la fraîcheur. Pour les blancs, j’apprécie les profils minéraux, tendus. Pour les rouges j’affectionne les vins épicés avec du caractère mais pas trop tanniques, avec beaucoup de fruits. J’aime les vins qui ne sont pas trop travaillés œnologiquement.

Est-ce que vous notez des évolutions dans les goûts des clients ?

Oui, les gens se tournent de plus en plus vers des vins plus jeunes, des macérations plus courtes.

Tu as d’abord travaillé seul avant que Laura et Émilie te rejoignent ? Qu’est-ce que cela t’a apporté ? Te sens-tu l’âme d’un « manager » ?

J’ai travaillé dix ans tout seul dans la cave. Laura a intégré l’équipe il y a trois ans et Émilie il y a un an. Je n’ai pas l’âme d’un manager et j’ai la chance d’être tombé sur deux personnes autonomes et en qui je peux avoir confiance. J’avais une certaine usure à travailler seul. Être plusieurs, c’est une aide dans la prise de décision. Il y a un échange et je suis heureux de travailler avec des jeunes qui ont soif d’apprendre !

Un vigneron peu connu que tu recommandes ?

Jean-François : Le domaine Roquemale en Grès de Montpellier tenu une vigneronne, Valérie Ibanez. Un très beau fruit dans toute la gamme

Laura : Le domaine Les terres d’Armelle à Maraussan, découverte aux Vinifilles. Des vins gourmands et beaucoup de monocépages.

Une cuvée coup de cœur ?

Jean-François : La cuvée Audace des terres d’Armelle. Un 100% Cinsault plein de complexité.

Laura : La cuvée Autres Terres du domaine Les Hautes Terres Haute Vallée de l’Aude, un assemblage de chardonnay et de Mauzac. Un vin minéral très fin.

Un bon rapport qualité/prix ?

Laura : Les cuvées du domaine La Combe Saint-Paul, le Chardonnay est à 6,25€.

Jean-François : Le Mas Gabarel en Côtes de Thongue et particulièrement la cuvée Sympathie.

Un vigneron aveyronnais ?

Jean-François : Ludovic Bouviala du domaine du Vieux Noyer.

Laura : Patrick Rols à Conques.

Famille, je vous aime

Travailler en famille est très commun dans le monde agricole et la viticulture ne fait pas exception à la règle. Pendant des décennies, les femmes ont collaboré gratuitement aux exploitations de leur mari. Elles n’avaient alors aucun statut, aucune protection sociale. Il faut attendre 1991 pour qu’elles obtiennent le statut de « conjoint collaborateur ». Côté descendance, si nombre d’enfants préfèrent aujourd’hui construire une carrière ailleurs, certains choisissent encore de reprendre le flambeau.

Les vigneron.ne.s avec lesquel.le.s je travaille sont parfois devenu.e.s des ami.e.s. En les écoutant, je sais que ce n’est pas un long fleuve tranquille. Pour certains, c’est même quelquefois extrêmement douloureux et la relation devient tellement conflictuelle que la seule solution est de partir pour reconstruire autre chose ailleurs. Car il se joue bien plus qu’une simple relation de travail quand il s’agit de sa mère, son frère, son cousin ou son conjoint.

Pourtant, lorsque les rapports sont sereins et équilibrés, travailler en famille offre le plus grand des luxes selon moi : la confiance. C’est vraiment ce qui m’a frappé lorsque j’ai interrogé les vignerons pour cet article. Anne Sutra de Germa du domaine Monplézy à Pézenas (Hérault) le résume ainsi : « en cas de pépin, le noyau dur, c’est nous ».

Au Mas Baudin, à Monfrin (Gard), Amélie Bonnard travaille avec son frère Vincent, épaulés par leurs parents aujourd’hui retraités. Lorsque je l’interroge sur les avantages et les inconvénients de travailler en famille, elle me répond : « Selon moi il n’y a que du positif. Avec mon frère nous sommes très proches, un peu comme des jumeaux. Cette proximité facilite énormément les échanges, la communication. Je me sens en confiance totale et nous sommes très complémentaires. J’ai parfois plus confiance en son jugement que dans le mien ».

Au domaine Belle en Crozes-Hermitage, Valentin Belle et son frère Guillaume ont intégré l’entreprise mais les parents sont encore présents. « Mon grand-père était coopérateur, il a attendu que mon père termine ses études pour s’installer en cave particulière. Aujourd’hui ma mère, mon père, mon frère et moi travaillons au domaine et, depuis deux, trois ans, les décisions se prennent de manière collégiale. » précise Valentin. Lorsque j’évoque le conflit de générations en cas de désaccord, il n’est pas tout à fait d’accord : « Non, je ne crois pas que ce soit un conflit de générations. Mes parents sont bien conscients qu’il faut faire évoluer les choses mais, en même temps, ils ont encore envie de pouvoir mettre leur grain de sel. C’est normal. »

Quand je les interroge sur la résolution des conflits, chacun sa méthode. Certains prônent le dialogue, le temps, quand d’autres préfèrent prendre une décision coûte que coûte. Mais il y a des règles qui reviennent, notamment celle de laisser de la liberté et de l’autonomie aux derniers arrivés. Une des recettes du succès selon Matthieu Baillette du Pas de la Dame, en appellation Malepère. Matthieu est associé à Franck Roger, son beau-frère. « Lorsque nous avons repris le domaine, mes parents ont pris du recul du jour au lendemain. Ils n’interviennent plus dans le processus de décision. Si nous avons besoin d’un conseil, ils sont là, mais c’est tout. » Au domaine Monplézy Anne Sutra de Germa voit les choses de la même manière : « D’abord il faut que les rôles soient bien définis et que les uns n’empiètent pas sur le travail des autres. Aujourd’hui, la vinification, c’est Benoit [son fils ]. On peut donner notre avis mais, maintenant, c’est lui le boss. Ensuite il faut accepter de s’effacer au profit des jeunes générations. » Lucide, elle poursuit : « Nous sommes très fiers de Benoit. On a conscience de la difficulté de ce métier avec la sécheresse, l’inflation, les années à venir ne seront pas forcément un cadeau que nous faisons à notre fils. Il faut qu’il puisse se sentir pleinement investi. » La cuvée Calcaire Nord signée Benoit Gil et non domaine Monplézy en est le parfait exemple.

La transmission d’une exploitation agricole pose aussi des questions d’équité au sein d’une famille. Notamment lorsque certains enfants ne sont pas impliqués dans l’activité. « Là aussi, pour que ça fonctionne, il faut que les choses soient très claires. Qu’il n’y ait pas de surprise, pas d’ambiguïté » m’explique Matthieu Baillette. « Nous avons créé une société avec Franck qui loue les terres de la famille. » Pour Amélie Bonnard, cela posera évidemment question au moment de la succession mais il n’y a pas de tabou. Ses frères et sœurs qui ne travaillent pas sur l’exploitation ont parfaitement conscience des sacrifices que cela a représenté pour Vincent et elle, mais elle se réjouit de voir sa sœur qui vit en Bretagne et office en tant que bouchère continuer à dire « notre vin ». Pour Anne Sutra de Germa c’est très important aussi d’y réfléchir en amont. « De mon côté, j’ai déjà tout transmis » m’explique-t-elle.

Quoi qu’il en soit, pour moi, les histoires de famille sont autant d’aventures humaines complexes, riches et sensibles que j’aime vous raconter au travers des délicieuses cuvées qui les incarnent

Véronique Barthe du Château d’Arcole

Pour tous ceux qui imaginent les propriétaires des grands crus bordelais froids comme austères et guindés, Véronique Barthe est l’antithèse de cette image d’Épinal. Elle est une vigneronne fraîche et pétillante, très accessible et qui a toujours le sourire. Un style décontractée qui ne masque en rien la grande qualité de son Château d’Arcole cultivé en biodynamie.

Je suis heureuse qu’elle ait accepté ce mois-ci de se livrer au jeu des questions qui vous permettra de mieux la connaitre et, je l’espère, de dépasser vos préjugés sur Bordeaux.

1) Ton premier souvenir lié au vin ? 

Une de mes toutes premières dégustations, un château d’Yquem 1967, mon année de naissance, acheté par mon père. Il m’en reste une bouteille à cave !

2) Ta plus grande émotion vin ? 

Même réponse qu’à la première question !

3) Un millésime marquant ?

1991, mon premier millésime. Malheureusement peu de volumes mais une année idéale pour ses premières vendanges !

4) Ta (tes) région (s) de prédilection ? 

La région de Bordeaux dans son ensemble : la ville pour sortir, la côte Atlantique pour s’y balader et respirer et l’Entre-deux-Mers pour y vivre.   

5) Ton cépage préféré ? 

En blanc, le Sauvignon. En rouge, j’hésite entre le Petit Verdot et le Cabernet Sauvignon car ces deux là ont une forte personnalité. 

6) Que trouve-t-on dans ta cave ? 

Des vins coups de cœur provenant souvent de belles rencontres avec des vignerons.

7) Une bouteille pour un repas en amoureux ? 

Château d’Arcole, un Saint-Émilion grand cru bio 2019.

8) Un bouteille à ouvrir entre amis ? 

La même chose 🙂

10) Un vigneron encore peu connu que tu recommandes ? 

Aurélia Souchal du Domaine du Salut sur le plateau de Cérons, très réputé pour ses graves.

11) Un accord mets et vins original ? 

Pas très original mais tellement bon et de saison : salmis de palombes avec… château d’Arcole 2019 !

Le domaine Chapelle, l’art de sublimer la diversité des sols

C’est à Santenay, sur la Côte de Beaune, que le domaine Chapelle voit le jour. Il appartient à la famille Chapelle depuis 1907 et c’est aujourd’hui Jean-François Chapelle et son fils Simon, respectivement 4ème et 5ème génération, qui œuvrent à son développement. Chaque génération a apporté sa pierre à l’édifice. Après-guerre, Roger Chapelle opte pour la mise en bouteille au domaine et la recherche d’une clientèle directe. En 1987, Jean-François et son épouse Yvette reviennent au domaine après une expérience professionnelle en Champagne et dans la Vallée du Rhône. En 2002, il fait le choix judicieux de développer une petite sélection de vins de vignerons amis, permettant ainsi au domaine d’étendre sa gamme. Enfin, en 2009, le domaine obtient la certification en agriculture biologique. Il couvre aujourd’hui 18 hectares situés notamment à Santenay, Ladoix et Aloxe-Corton sur la Côte de Beaune.

L’appellation Santenay a toujours été une appellation d’un excellent rapport qualité prix. Moins réputée que les Meursault et les Pommard, elle offre pourtant de vraies pépites. Jean-François Chapelle m’explique : « C’est une appellation assez vaste en terme de surface et historiquement à l’origine d’une production importante. Dans le temps, les négociants utilisaient le Santenay par coupage pour produire des Côtes de Beaune. Peu à peu, certains — comme mon père—, ont fait le choix de s’orienter vers la qualité. Mais ce plis qualitatif a été pris plus tardivement que dans des appellations voisines, ce qui peut expliquer le déficit actuel de notoriété. »

Ici, une géologie complexe offre de grandes diversités de styles. « À Santenay, on peut trouver le style Volnay ou le style Pommard, à savoir des sols marneux qui produisent plutôt des vins capiteux ou des sols calcaires à l’origine d’un style plus fin, plus aérien. »

La gamme de Jean-François Chapelle est large et permet effectivement aux amateurs de Bourgogne de trouver leur bonheur.

Le domaine a beaucoup souffert des aléas climatiques des derniers millésimes et peu de vins blancs sont encore disponibles à la vente. Pourtant, je ne peux m’empêcher de vous parler de la cuvée Les Gravières en Santenay blanc Premier cru, une parfaite réussite et une véritable synthèse du savoir-faire bourguignon et de la modernité de l’équipe. Il s’agit d’un Chardonnay vinifié en vendange entière, avec peu de soufre ajouté dont l’élevage est parfaitement maitrisé. Au nez, de belles fleurs blanches et des notes torréfiées. En bouche, le vin dévoile une belle matière ample et longue et une certaine puissance qui laisse présager un potentiel de garde.

Le domaine Laporte, l’art de révéler les expressions du Sauvignon

Je cherchais depuis longtemps un très bon Sancerre qui soit bio. Ce sont les élèves du Greta qui m’ont recommandé le domaine Laporte lors du dernier salon Millésime bio.

Si toute la gamme est superbe, cohérente et inspirée, j’ai eu un gros coup de cœur pour la cuvée Le Rochoy, un Sauvignon blanc produit sur un terroir de silex. Ce vin a une élégance folle. Vinifié en levures indigènes et avec un batonnage, la minéralité s’exprime pleinement et elle est enveloppée d’une aromatique mûre et précise aux notes de fruits jaunes et de fleurs blanches.

Le domaine Laporte a été créé et développé dans les années 1950 par René Laporte. Ce dernier décide, en 1986, de le vendre à la famille Bourgeois, une grande famille de vignerons dans le Sancerrois qui produit notamment les vins du Clos Henri. La vente est conclue avec une condition : que l’identité et le nom du domaine perdure. C’est ainsi que le domaine a gardé son nom, ainsi qu’une équipe au chai, à la vigne et au commercial qui permettent de faire perdurer ses spécificités : une culture bio qui accorde une grande place à l’expression du terroir et qui limite les interventions en cave et l’élevage.

Le domaine Laporte couvre 21 hectares, tous cultivés en agriculture biologique au cœur de l’appellation Sancerre à Saint-Satur. Les vins — tous en AOP Sancerre et dans les trois couleurs — sont vinifiés séparément en fonction de leur terroir. Les vignes de la cuvée La Comtesse poussent sur des marnes kimméridgiennes, tandis que Le Rochoy est produit sur un sol de silex. Le cépage Sauvignon est à l’origine des blancs, le Pinot noir des rouges.

Cap sur la Nouvelle Zélande

Le domaine produit également des vins en Nouvelle Zélande et j’ai souhaité en savoir plus. C’est Aurélien Cadoux, responsable commercial du domaine qui me raconte : « la famille a cherché à s’étendre sur des terroirs propices au Sauvignon. Ils ont sillonné l’Afrique du Sud et l’Amérique du Sud mais c’est finalement en Nouvelle Zélande qu’ils se sont installés, dans la très réputée région de Malborough. »

Aurélien poursuit : « Il y a deux terroirs très intéressants sur lesquels sont plantées nos vignes en Nouvelle Zélande : Broad Bridge et Greywacke. » Le terroir de Broad Bridge, ce sont des argiles gris-brun tachetées d’ocre qui indiquent une teneur importante en fer. Les vins provenant de ces sols ont du corps, des arômes marqués et une belle longueur en bouche. Quant au terroir de Greywacke, ce sont des sols graveleux provenant de l’ancienne rivière Wairau qui peuvent descendre à 1,50 mètres de profondeur, obligeant la vigne à lutter pour sa survie, offrant ainsi des fruits de meilleure qualité.

Lorsque je l’interroge sur la vinification, Aurélien m’explique qu’ils ne cherchent pas à obtenir des profils standardisés propres aux vins de ce pays : « Nous essayons d’apporter un savoir-faire français. Par exemple, nous pratiquons des fermentations plus basses que ce qui se fait généralement là-bas. Cela fait moins ressortir le côté variétal du Sauvignon. Nos vins sont plus discrets au nez, mois exubérants, mais en bouche il y a plus de matière. » Autre différence de taille avec les vignerons locaux : ils n’irriguent pas, considérant que les vins n’en n’ont pas besoin. « Nous cherchons à faire des vins de belles factures, pas de la quantité bon marché. C’est pourquoi nous avons une densité de pieds plus importantes, 6 000 pieds hectares pour le domaine contre 2 000 pieds en moyenne en Nouvelle Zélande. » (Plus de pieds de vignes par hectare signifie moins de raisins mais des raisins plus concentrés).

Un French touch qui permet de produire des vins séduisants, gourmands mais racés. Cocorico !

Le domaine de la Jaufrette, l’art d’avoir de la bouteille

Frédéric Chastan, © Paris Wine Company

Dernier domaine intégré à la sélection de Vins d’Avenir, j’ai eu un véritable coup de cœur pour le parti pris singulier de ce vigneron qui a choisi, à rebours des vins de plaisirs qui inondent le marché actuellement, d’élaborer des vins taillés pour la garde. Si vous lisez régulièrement cette newsletter, vous savez que je suis moi aussi très sensible aux vins de garde ou « de mémoire » comme dirait Christian Chabirand et qui sont trop peu présents sur le marché.

Le domaine est situé aux portes d’Orange. Il compte quatre appellations dont trois crus de la Vallée du Rhône méridionale réparties en deux hectares et demi de Châteauneuf-du-Pape, cinq de Gigondas, neuf de Vacqueyras et le reste en Côtes du Rhône, soit un total de 25 hectares. Domaine familiale depuis cinq générations, historiquement implanté à Gigondas, ce sont les grands-parents de Fréderic Chastan, l’actuel propriétaire du domaine, qui s’implantent à Orange et permettent à l’exploitation d’inclure Côtes du Rhône et Châteauneuf à leur répertoire.

Frédéric et sa femme Caroline travaillent ensemble. Ces gens discrets mais déterminés insufflent une vision forte aux styles des vins. Lorsque la dégustation commence, je parcours la liste des vins et je m’exclame : « chouette, vous avez des vins vieux ! ». Réponse de l’intéressé : « Ce ne sont pas des vieux vins, ce sont des vins à boire ! » En effet, Frédéric a la conviction que les vins de la Vallée du Rhône sont bus trop jeunes. Ses rouges à lui passent minimum cinq ans en cave avant d’être mis en vente. Le résultat est bluffant car ils ne paraissent pas fatigués, bien au contraire ! Preuve qu’il est possible d’avoir de la bouteille… sans prendre une ride.  Cerise sur le gâteau, leurs prix restent très accessibles : environ 32€ TTC pour le Châteauneuf-du-Pape et autour de 12€ pour le Côtes du Rhône.

La dégustation

Le Côtes du Rhône 2015 offre un premier nez un peu crayeux, de pivoine, et aux notes de réglisse. En bouche, le vin est structuré avec une belle allonge. Les vins ne sont pas éraflés comme c’est le cas de l’immense majorité d’entre eux.

Le Gigondas 2012 est encore superbement vibrant. Le nez, puissant, embaume les notes de mures et de groseille. Les tannins, bien qu’assouplis, sont encore présents et laissent à penser que le vin en a encore « sous la pédale ».

Le Châteauneuf-du-Pape 2011 est une très belle démonstration de ce que produit un Grenache — il représente 90 % de l’encépagement — à qui on a laissé un peu de temps. C’est un vin avec une belle patine, aux notes de cannelles et d’épices douce. Les tanins sont soyeux, le grain est fin et la sensation en bouche est extrêmement agréable.

J’aimerais également vous dire un mot sur les deux vins blancs produits par le domaine. Un Côtes du Rhône 2019 baptisé « Blanc à la Cale » d’après l’expression provençale qui signifie « à l’abri du vent » car la parcelle à l’origine vin est protégée du Mistral, entre des haies de cyprès et d’oliviers. Cet assemblage de Clairette et de Grenache blanc est puissant avec des parfums de fruits jaunes, pêche, ananas, et un bel équilibre entre gras, amertume et acidité. Mais c’est surtout le Vacqueyras blanc 2015 — une rareté puisque les blancs ne représentent que 5 % de l’appellation — qui a retenu toute mon attention. Le jus est gracieux, délié en bouche, avec des notes de miel et de pain au lait soutenues par une belle minéralité.

Les vins du domaine de la Jaufrette prouvent qu’il est possible de produire encore de beaux vins de garde. Mais il n’y a pas de secret : façonner des vins de cette trempe exige un travail précis dans les vignes, une vendange manuelle, des macérations longues et de la patience.

Savoir décrypter une étiquette de vin

Sans les conseils d’un ou d’une caviste, vous êtes nombreux à être démuni.e.s quand il s’agit de choisir une bouteille de vin. L’étiquette contient pourtant elle-même beaucoup d’informations. Voici quelques conseils simples pour décrypter les étiquettes de vin.

Qui est derrière la bouteille ?

J’aime d’abord savoir qui élabore le vin : est-ce un domaine ? une cave coopérative ? un négociant ? Ce n’est ni le même travail, ni le même engagement et ni la même traçabilité.

Le logo « Vignerons indépendants » vous offre la garantie que le vigneron a récolté et vinifié les raisins et qu’il a mis sa production en bouteille dans sa cave. Mais tous les producteurs français n’adhèrent pas au syndicat.

Je regarde également la dénomination de la société. Sur la contre-étiquette de la cuvée Bel Canto, « SCEA », acronyme de société civile d’exploitation agricole, signifie qu’il s’agit d’un vigneron indépendant, en l’occurrence Christian Chabirand du Prieuré La Chaume, alors que derrière les lettres SAS ou SARL se trouvent des sociétés commerciales, le plus souvent des négociants.

Pour les vins en appellation d’origine protégée (AOP) et indication géographique protégée (IGP), le nom de l’embouteilleur peut être remplacé par des termes spécifiques, par exemple « mis en bouteille au château / domaine / à la propriété » ou encore « mis en bouteille dans la région de production ».

Jusqu’à présent, mais plus pour longtemps, la capsule donne aussi cette indication. R signifie récoltant : le vin provient d’un vigneron indépendant qui a produit son raisin et le vinifie lui-même. N signifie que le raisin provient d’un négociant, un vigneron qui a acheté le raisin et qui ensuite le vinifie.

Qu’est-ce que ça change ?

Il y a des négociants talentueux qui produisent des vins bien meilleurs que certains vignerons. Il n’y a ici pas de jugement de valeurs, simplement deux faits simples à garder en tête.

La traçabilité est tout d’abord beaucoup plus fine lorsqu’il s’agit d’un récoltant. La rémunération qui revient au producteur n’est ensuite pas la même. Concrètement, un vigneron gagne bien mieux sa vie en produisant ses propres cuvées qu’en vendant à des négociants ou à des caves coopératives. Généralement les vins de négociants sont beaucoup moins chers car ils n’ont pas les mêmes coûts et entretiennent, selon moi, une idée artificielle du vrai prix du vin.

Parfois vous avez également des vignerons négociants, c’est-à-dire des vignerons qui ont leurs propres vignes mais qui achètent aussi du raisin ailleurs. C’est un entre-deux rassurant mais difficile à repérer sans les conseils d’un professionnel.

Ça vient d’où ?

Passons à l’origine géographique, toujours indiquée sur l’étiquette. Les mentions AOP, IGP et Vin de France correspondent à des cahiers des charges plus ou moins strictes, notamment sur les rendements autorisés. Au sommet de la pyramide : l’AOP (on disait avant AOC) avec souvent une hiérarchie interne qui distingue des villages et des crus, comme par exemple les Côtes du Rhône puis Côtes du Rhône villages et tout en haut les crus comme Gigondas.

Ces mentions garantissent la provenance des raisins. Si elles ont longtemps été un gage de qualité, c’est de moins en moins le cas. De nombreuses AOC n’ont pas su s’adapter en temps et en heure à la réalité du marché du vin. De nombreux vignerons produisent donc des vins magnifiques en Vin de France ou IGP, simplement pour être libérés du carcan de l’AOC qui définit les cépages, la couleur du vin, etc. Mais si un Vin de France sélectionné par un caviste peut être extraordinaire, dans un magasin bio ou en grande surface, je vous recommande de vous tourner vers des AOP.

Les autres infos obligatoires

Le degré alcoolique doit figurer sur l’étiquette. Sachez que les vignerons ont toujours un demi degré de tolérance. Cela signifie que sur une étiquette où il est écrit 13,5°, il y a de fortes chances que le vin soit en réalité à 14°.

Le numéro de lot est également obligatoire sur les bouteilles. Souvent, mais pas toujours, il permet de savoir quelle année le vin a été embouteillé.

Les allergènes, le logo de la femme enceinte et le volume sont les dernières informations obligatoires.

Ça a quel âge ?

Notez donc que le millésime, pourtant si important dans le vin, différent d’une année sur l’autre, n’est pas une information obligatoire. Il est toutefois très souvent indiqué. Pour faire valoir un millésime, le producteur doit avoir récolté au moins 85 % des raisins l’année indiquée sur la bouteille.

Même chose pour le cépage : au minimum 85 % des raisins correspondent à la variété indiquée si elle est seule (et 100 % des raisins si au moins deux cépages sont mentionnés sur l’étiquette).

La notion de terroir en France est donc plus importante que celle de cépage. C’est une lecture plus complexe pour le consommateur mais qui à mon sens dénote aussi une plus grande complexité des vins à rebours des vins de cépages standardisés qui se multiplient partout dans le monde.

Est-il respectueux de l’environnement ?

Je vous invite à être également bien attentifs aux logos relatifs au type d’agriculture sur l’étiquette. Pour comprendre ce que recouvrent ceux qui se trouvent sur le Bel Canto, à savoir AB et « vin méthode nature », relisez cet article.

Enfin, prenez avec des pincettes toutes les mentions de type « grande réserve », « grand vin de… » ou encore « agriculture raisonnée » qui n’engagent que le vigneron puisqu’il n’existe aucune règle et organisme de contrôle sur ces sujets !